L’homme se taisait. Il n’était plus jeune. La lune brillait sur sa longue barbe blanche et rendait plus fantomatique sa haute stature. Sur le traîneau était une jeune femme, qui leva la tête, d’une peau d’ours où elle s’appuyait, comme sur un oreiller. Les yeux de la jeune femme s’illuminèrent de la clarté lunaire qu’ils reflétèrent. Elle était pâle, elle aussi. Ses cheveux retombaient sur ses épaules en une tresse épaisse et soyeuse, et, contre sa poitrine, il y avait quelque chose qu’elle pressait.

L’homme, au bout de quelques instants, répondit :

— Ils suivent une piste, sans doute celle d’un renne ou d’un caribou.

Il fixa du regard la culasse de son fusil et ajouta :

— Ne t’inquiète pas, Jeannie ! Nous camperons au prochain bouquet d’arbres où nous pourrons trouver assez de bois sec pour établir notre feu. Allons, les chiens ! Remettons-nous en route, les amis ! Ah ! ah ! ah ! ah ! Kouche ! Kouche !

Et le fouet claqua au-dessus de l’attelage. Du paquet que la jeune femme tenait serré sur sa poitrine, sortit un petit cri plaintif, auquel semblèrent répondre les voix dispersées des loups.

Kazan, cependant, songeait qu’il allait bientôt pouvoir prendre sa vengeance sur un de ces hommes qui l’avaient si longtemps mis en servage. Il se remit à trotter lentement, côte à côte avec Louve Grise, s’arrêtant seulement, tous les trois ou quatre cents yards, pour renouveler son appel.

Une forme grise et bondissante, qui arrivait par derrière, ne tarda pas à rejoindre le couple. Une autre suivit. Puis deux autres, à droite et à gauche. Et au cri d’appel de Kazan succéda, entre les loups rassemblés, un jacassement varié de voix rauques. La petite troupe s’accrut peu à peu et, à mesure qu’elle devenait plus nombreuse, son allure se faisait plus rapide. Quatre, six, sept, dix, quatorze…

La bande ainsi constituée, qui atteignait l’espace découvert où se trouvait le traîneau et que balayait le vent, était composée de bêtes adultes et fortes. Louve Grise était la plus jeune parmi ces hardis chasseurs et son museau ne quittait pas l’épaule de Kazan.

La horde était devenue silencieuse. On n’entendait que le halètement des respirations et le battement mou des pattes sur la neige. Les loups allaient très rapidement, en rangs serrés. Et toujours Kazan les précédait, de la longueur d’un bond, avec Louve Grise à son épaule.