Lorsque la lune fut au zénith et que la nuit fut presque devenue l’égale du jour, Kazan s’arracha à la contemplation de sa progéniture et, dégringolant du rocher, partit en chasse.

Il rencontra, dès l’abord, un gros lapin blanc, qui se sauva entre ses pattes. Durant un demi-mille, il le poursuivit sans pouvoir le rejoindre. Il comprit qu’il était plus sage d’abandonner la partie. Il aurait, en effet, lassé à la course un renne ou un caribou, qui vont devant eux en ouvrant une large piste, facile à suivre. Il n’en est pas de même pour le petit gibier, qui se glisse sous les taillis et parmi les fourrés, et qu’un simple renard est plus apte à atteindre qu’un loup.

Il continua donc à battre la forêt, en furetant silencieusement, à pas de velours, et il eut la chance de tomber à l’improviste sur un autre lapin blanc, qui ne l’avait pas entendu. Un bond rapide, puis un second mirent dans sa gueule le souper escompté de Louve Grise.

Kazan s’en revint en trottinant, tout tranquillement, déposant de temps à autre sur le soi, pour se reposer les mâchoires, le lapin botté de neige[19] qui pesait bien sept livres.

[19] Surnom donné couramment, au Canada, aux lapins blancs.

Parvenu au pied du Sun Rock et à la piste étroite qui s’élevait vers le sommet, il s’arrêta net. Il y avait sur cette piste l’odeur, tiède encore, de pas étrangers.

Du coup, le lapin lui en tomba des mâchoires. Une étincelle électrique courut soudain sur chaque poil de son corps. L’odeur qu’il flairait n’était point celle d’un lapin, d’une martre ou d’un porc-épic. C’étaient des griffes acérées qui avaient marqué leur empreinte sur le sol et escaladé le rocher.

En ce moment lui parvinrent des bruits effrayants et confus, qui lui firent grimper, d’un seul trait, avec un hurlement terrible, l’abrupt sentier.

Un peu au-dessous du sommet, dans la blanche clarté lunaire, sur une étroite plate-forme pratiquée dans le roc et qui surplombait le vide, Louve Grise était engagée dans une lutte à mort avec un énorme lynx gris. Elle était tombée sous son adversaire, et poussait des cris aigus et désespérés.

Après être, un instant, demeuré comme cloué sur place, Kazan, tel un trait de flèche, se rua à la bataille. Ce fut l’assaut muet et rapide du loup, combiné avec la stratégie plus savante du husky.