Lorsque l’aube parut, tous trois n’en pouvaient plus et étaient couchés sur le flanc, haletants, la mâchoire sanglante, en attendant la venue de l’homme et de la mort.
Henri Loti et Paul Weyman s’étaient levés de bonne heure. En approchant de l’arbre tombé, le métis releva sur la neige les doubles empreintes de Louve Grise et de Kazan, et son visage teinté, tout frémissant d’émotion, s’éclaira d’une joie intense.
Lorsque les deux hommes arrivèrent devant la perfide caverne, ils demeurèrent un instant interloqués. Henri lui-même n’avait pas escompté un succès si parfait et jamais encore il n’avait vu un pareil spectacle : deux loups et un lynx, pris de compagnie, tous trois par la patte, et ferrés chacun à leur chaîne.
Mais rapidement l’instinct du chasseur reprit le dessus chez Henri. Les deux loups étaient les plus proches de lui et déjà il élevait son fusil, pour épauler et envoyer une bonne balle métallique dans la cervelle de Kazan.
Non moins vivement, Paul Weyman le saisit fortement par le bras. Il semblait tout ébahi.
— Attends, Henri, ne tire pas ! cria-t-il. Celui-ci n’est pas un loup. Regarde plutôt ! Il a porté un collier. Le poil n’est pas entièrement repoussé sur son cou pelé. C’est un chien !
Le métis abaissa son arme et regarda attentivement.
Pendant ce temps, le regard du zoologiste s’était reporté sur Louve Grise, qui lui faisait face, grondant et découvrant ses crocs, et menaçant de leur morsure l’ennemi qu’elle ne pouvait voir. Là où auraient dû être ses yeux, il n’y avait qu’une peau, à demi recouverte de poils. Une exclamation s’échappa des lèvres de Weyman.
— Regarde ! Regarde, Henri ! Juste Ciel, qu’est ceci !
— L’un est un chien, qui a rejoint les loups et est retourné à l’état sauvage. L’autre est bien un loup, ou plutôt une louve…