Un changement s’opéra dans leur esprit. Par delà le renard, le chat-pêcheur et les petites hermines blanches, par delà toutes les autres bêtes du Wild, la horde farouche avait droit commun à la pâture. Au-dessus de tout, existait la Fraternité du Loup.
Louve Grise se rassit sur son derrière et, comme un coup de clairon, lança à ses frères du Wilderness l’appel triomphant, qui leur annonçait qu’au bout de la piste rouge un vaste festin leur était servi.
Et le gros chat gris qui rôdait autour de la clairière, en entendant la double clameur, s’effraya. Il s’éloigna en rampant, l’oreille basse, et se perdit dans la vaste forêt que baignait la lune.
XVII
POUR L’AMOUR DE LA LOUVE
Assis sur leur derrière, Kazan et Louve Grise attendirent.
Cinq minutes s’écoulèrent, puis dix, puis quinze. Louve Grise commençait à s’inquiéter. Aucun cri n’avait répondu à son appel. Elle jeta à nouveau son hurlement sonore et, tandis que Kazan frissonnait à son côté, elle interrogea le silence. Pourquoi la horde ne lui avait-elle point donné la lointaine réplique coutumière ?
Mais, presque en même temps, ses narines se dilatèrent. Ceux qu’elle appelait étaient là.
Kazan vit une forme qui se dessinait dans un rayon de lune, à l’extrémité de la clairière. Puis une seconde suivit, puis une autre encore, jusqu’à ce qu’il y en eût cinq, qui s’avançaient la tête baissée, en flairant la piste rouge.
Elles s’arrêtèrent à une soixantaine de yards et demeurèrent immobiles.
Alors, chose étrange, Kazan vit Louve Grise qui reculait. Il la vit rabattre ses oreilles et découvrir ses crocs, et entendit rouler dans sa gorge un grondement hostile.