Mais à peine avait-il prononcé ces mots qu’il vit Marette tressaillir. Elle ne le regardait pas, ayant les yeux fixés droit devant elle. Elle pâlissait.
— Écoutez !
Kent se tourna dans la direction du regard de Marette. A ce moment, à travers le murmure du fleuve, il perçut le put-put-put-put du bateau de la police d’Athabasca-Landing.
Ses lèvres laissèrent échapper un juron.
— Nous ne pouvons plus atteindre la Chute, dit-il d’une voix qui parut irréelle à Marette. Abordons le plus vite possible en profitant du courant.
Cette décision prise, il employa toutes ses forces à la réaliser. Il savait qu’il n’avait pas à perdre la centième partie d’une seconde. Le canot était maintenant entraîné par les rapides : il le dirigea vers la rive ouest. Marette comprit la valeur inestimable de quelques secondes en une telle circonstance. S’ils étaient pris par le grand tourbillon des rapides avant d’atteindre la rive, ils seraient obligés de courir à la Chute. Dans ce cas, le canot-automobile les rejoindrait à la sortie du couloir. Pied par pied, leur barque se dirigeait bien exactement vers l’ouest.
Le visage de Kent s’illumina. Il venait d’apercevoir une petite pointe de terrain boisé qui s’avançait dans l’eau comme un pouce. Il la montra à Marette. Au delà on pouvait distinguer les premières murailles de rochers noirs qui marquaient le commencement de la Chute.
— Nous y arriverons, dit-il entre ses dents serrées par les efforts qu’il faisait. Je ne vois pas où le canot-automobile pourrait accoster. Une fois à terre, ils ne nous rattraperont plus.
— Hardi ! Hardi ! criait Marette dont les joues étaient redevenues toutes rouges et dont les yeux brillaient.
— Quelle petite femme courageuse vous êtes ! lui dit-il dans son exaltation.