Mais Kent ne l’écoutait pas. Il se frappa la poitrine dans son dépit d’avoir oublié une chose essentielle. Et leurs souliers… Comment s’en débarrasser ?… D’un seul coup de bas en haut, il trancha les lacets de ses chaussures, et il en fit autant à celles de Marette. Lui et elle dégagèrent aussitôt leurs pieds. Il fut étonné de constater, dans ces minutes angoissantes, avec quelle rapidité Marette répondait aux idées qui le faisaient agir.
Mais plus rien à faire qu’à attendre. Elle serra de nouveau le cou de son ami dans une étreinte d’enfant.
Dix secondes plus tard la catastrophe se produisit.
La barque avait frappé contre la Dent du Dragon, en plein milieu.
Kent s’était préparé au choc, mais ses efforts pour se maintenir debout, avec Marette dans les bras, furent vains. Toutefois le bord du canot les empêcha d’aller s’écraser contre la paroi glissante du rocher.
Il se rendit compte que la charpente de l’embarcation s’était tout entière disloquée. Si le canot ne sombrait pas, c’était à cause de la puissante pression qui s’exerçait sous la coque ; cette même pression pouvait, d’une seconde à l’autre, le retourner et l’engloutir. Mais lentement il se mit à glisser contre les rochers.
Kent, serrant la corde qui le retenait toujours à Marette, regardait avec horreur ce qui se produisait. Le canot s’engageait dans le courant de droite. Dans celui-là, plus d’espoir… C’était la mort.
Il voyait Marette, toute ruisselante, et fut étonné du calme de son regard qui contrastait avec le tremblement de ses lèvres. La coque heurta à ce moment contre une aspérité de la Dent ; elle se souleva, et la petite cabine se tordit comme si elle eût été en carton. Une suprême énergie soutint l’âme de Kent. Non, il ne pouvait pas périr. C’était inconcevable. Luttant pour elle, pour cette chère créature qui lui souriait, même au moment où elle entrevoyait la mort, il saurait résister.
Le canot s’éloigna de la Dent du Dragon. Il n’était plus qu’une chose flottante, qui, sans secousses, disparaissait déjà presque entièrement sous l’eau. Et Kent se trouva au milieu des tourbillons écumants, retenant Marette.
Il s’agitait désespérément dans l’eau noire et l’écume blanche. Il lui semblait que l’air lui manquait depuis un temps infini.