— Alors je puis vous dire maintenant comment va Marette. Elle est tout à fait remise ; elle vous attend avec la plus vive impatience. Je l’ai empêchée de revenir tout de suite ici. Voulez-vous que nous allions la voir ?
Mac Trigger demeura silencieusement assis dans la grande salle, tandis que sa femme s’éloignait, suivie de Kent.
Kent trouva Marette dans une pièce voisine. Elle n’était plus la même. Ses lèvres étaient rouges et brûlantes de l’ardeur qu’y avait amenée l’amour. C’était son heure de triomphe : de nouveau le flux de la vie circulait dans son corps, brillait dans ses yeux.
Anne Mac Trigger s’était aussitôt éclipsée pour rejoindre son mari. Elle le trouva debout devant la fenêtre qu’il venait d’ouvrir.
— Malcolm, lui dit-elle tendrement, ils sont heureux.
Mac Trigger passa son bras sur l’épaule d’Anne, l’attira contre lui, et le vieux couple écouta longtemps le murmure que faisait, tout près, les voix des deux amants.
Marette achevait de dire à Kent ce qui s’était passé depuis leur première rencontre et depuis leur séparation. Il la taquina sur sa garde-robe si précipitamment abandonnée à Athabasca-Landing, mais il aperçut une expression de tristesse dans le regard de Marette.
— J’avais amené avec moi toute ma défroque mondaine de Montréal pour me montrer toujours telle que mon père Donald voulait que je fusse, le pauvre cher homme.
— Vous paraissiez au moins tenir aux petits souliers que vous aviez emportés dans votre petit paquet. Je vous les rapporte, Marette.
— Vraiment ! s’écria-t-elle. Ah oui, à ceux-là, je tenais parce que… parce que je les avais le jour où j’ai entendu parler de vous pour la première fois. Je veux les remettre, ce soir, Kent. Donnez-les-moi et sortons. Je veux vous montrer ma vallée, Jim… votre vallée, la vôtre et la mienne, à la clarté des étoiles. Pas demain, Jim, mais dès ce soir, maintenant.