Il respirait plus facilement après avoir dérouillé ses muscles. Le fait de revenir à la vie ardente sans plus ressentir de pesanteur dans sa poitrine le remplit d’enthousiasme.
Il était tard quand un profond sommeil s’empara de lui.
Ce fut Mercer qui l’éveilla.
Il était entré doucement, avait refermé la porte sans bruit, de sorte que Kent ne l’avait pas entendu.
Kent, à l’air ému de Mercer, comprit que quelque chose de grave s’était passé. Il se dressa sur son séant.
— Je vous demande pardon de vous réveiller, Monsieur, dit l’aide-médecin en se penchant tout près de Kent de peur que le factionnaire n’écoutât derrière la porte. Mais j’ai pensé qu’il était préférable de vous avertir de ce qui se passe au sujet de l’Indien Mooie.
— L’Indien ?
— Oui, Monsieur, je veux dire Mooie, Monsieur. J’en suis tout à fait bouleversé. Il m’a dit qu’il avait vu hier au soir le bateau que devait prendre la jeune fille pour descendre le fleuve. Elle l’avait caché dans le bayou de Kim[2].
[2] Bayou, mot indien : petite crique sur le bord d’un lac ou d’un fleuve et où l’eau reste stagnante.
« Elle est donc partie ! » se dit Kent, vivement affecté par cette nouvelle ; mais il ne manifesta pas son sentiment.