Ce fut une journée merveilleuse pour la santé de Kent. Il pouvait sentir ses forces renaître. Mais il ne bougea pas de son lit pendant tout le jour, par crainte de se trahir.
Cardigan lui rendit deux fois visite. La blessure avait bon aspect ; mais la fièvre de son malade le déconcertait. Il pouvait se produire, disait-il, une complication qui ne tarderait pas à mieux se manifester.
A dix heures du soir, Kent se remit à ses exercices d’entraînement. Il fut encore plus émerveillé que la nuit précédente de la rapidité avec laquelle revenaient ses forces. Plusieurs fois, les petits diables ardents qui s’agitaient dans son sang lui suggéraient de sauter par la fenêtre séance tenante.
Pendant trois nuits et trois jours consécutifs, il garda son secret et accrut ses forces. Le docteur Cardigan venait souvent le voir, tandis que le Père Layonne lui rendait régulièrement visite tous les après-midi. Mercer ne le quittait pas une minute.
Le troisième jour, deux événements survinrent qui produisirent chez Kent et chez Mercer une vive impression. Le docteur Cardigan, qui dut s’absenter quatre jours pour se rendre à cinquante milles de là, passa ses pouvoirs aux mains de Mercer ; et Mooie n’eut plus la moindre fièvre.
Le premier incident remplit Kent de joie. Cardigan parti, il n’y avait plus de danger immédiat qu’on découvrît sa supercherie. Mercer, de son côté, exulta de voir Mooie se rétablir. Il osa examiner les faits sous toutes leurs faces et laissa voir que la guérison de Mooie le délivrait de toute crainte. Son attitude fut telle que, plus d’une fois, Kent aurait chassé de la chambre l’impertinent à grands coups de pied.
Ayant pris la place du docteur Cardigan, l’aide-médecin commença en effet à se gonfler d’importance. Kent vit en cela un nouveau danger, et, pour y parer, il usa de la flatterie.
N’était-ce pas une honte, affirmait-il, que le docteur n’eût pas pris Mercer comme collaborateur en titre ? Il le méritait vraiment. Kent en toucherait sans tarder un mot au Père Layonne, dont les paroles étaient paroles d’Évangile et qui ferait campagne auprès des gens influents du pays.
Pendant deux jours, il s’amusa ainsi de Mercer comme un pêcheur rusé taquine le poisson.
Il demanda encore à son « jeune ami » de faire parler Mooie pour en découvrir plus long sur le compte de Kedsty. Mais les lèvres du vieil indien restaient à ce propos hermétiquement closes.