Le liquide épais et sucré que sa langue ramena l’emplit d’un plaisir inattendu.

Pendant un quart d’heure, il se lécha. Et puis, comme si le secret de cette délicieuse ambroisie venait seulement de lui être révélé, ses petits yeux brillants se fixèrent avec convoitise sur le poêlon.

Il s’en approcha avec précaution et stratégie, en fit le tour, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, tous les muscles du corps tendus, prêt à bondir en arrière si la chose ronde inconnue tentait de lui sauter dessus.

Finalement son nez toucha le liquide épais et crémeux dans le poêlon, et il ne releva pas la tête avant d’en avoir lapé la dernière goutte.

Le lait concentré fut le facteur principal de la civilisation de Muskwa.

Il savait que la main qui l’avait caressé si doucement avait également placé ce festin si délicieux au pied de l’arbre et que la même main lui avait également offert de la viande.

Il ne mangea pas la viande, mais il lécha l’intérieur du poêlon jusqu’à ce qu’il brillât comme un miroir à la lumière des étoiles.

Malgré le lait, il avait toujours grande envie d’échapper. Cette fois, ses efforts furent cependant moins frénétiques et plus raisonnés qu’auparavant. L’expérience lui avait appris qu’il était futile de tirer sur la corde. Il entreprit de la mâchonner.

S’il l’avait rongée toujours à la même place, il eût probablement conquis sa liberté avant le matin, mais il se reposait fréquemment, quand ses mâchoires se lassaient, et lorsqu’il se reprenait à user la corde, ce n’était plus au même endroit.

Vers minuit, il avait les gencives en sang et renonçait complètement à la besogne.