— Je commence à les aimer aussi, Bruce… Je ne sais pas pourquoi, mais il y a quelque chose dans les ours qui vous force à les aimer ! Je n’en tuerai plus beaucoup, peut-être même plus du tout quand nous aurons eu la peau de ce massacreur de chiens… Ce sera vraisemblablement mon dernier ours !

Il serra les poings brusquement et ajouta d’un ton furieux :

— Quand je pense que la chasse n’est jamais fermée pour les ours… dans l’étendue du Canada… C’est une honte, Bruce… on les a classés parmi les animaux nuisibles et l’on peut les détruire en toutes saisons…

Il est même permis de les sortir de leur tanière lorsqu’ils hivernent… de les en sortir avec leurs petits… et j’ai sur la conscience d’avoir participé à pareille abomination ! Nous sommes des brutes, Bruce, tant que nous sommes… Je pense parfois que c’est un crime de porter un fusil… et cependant je continue à tuer…

— Nous avons ça dans le sang, répartit Bruce sans s’émouvoir… As-tu jamais connu d’homme, Jimmy, qui n’aime pas à voir mourir ?

La foule n’est-elle pas furieusement dense autour d’une exécution ? Les curieux ne se rassemblent-ils pas comme des chacals autour d’un cheval qui agonise dans la rue… Ne se bousculent-ils pas pour voir un type écrasé par une auto ?…

Je suis sûr que, si nous n’avions pas des lois qui nous retiennent, nous nous tuerions les uns les autres pour le plaisir ! Nous sommes nés comme ça ! Qu’y peut-on ?… Hallo ! qu’est-ce qui arrive à ton ourson ?

Muskwa était tombé du mauvais côté de sa fourche et pendait au bout de sa corde comme la victime du bourreau.

Langdon courut à lui, le saisit hardiment de ses mains nues, le fit repasser par-dessus la fourche et le déposa doucement sur le sol.

Muskwa ne grogna même pas.