Elle avait alors quinze ans et, comme à cet âge toutes les filles de sa race, elle était svelte et élancée, et avait, presque déjà, la taille d’une femme. D’une vraie femme elle avait, inconsciemment, la grâce et les gestes. Un flot de cheveux noirs, légèrement ondulés, encadrait un gentil minois que Rod estima, à part lui, être un des plus aguichants qu’il eût jamais rencontrés. Une lourde tresse retombait sur les épaules de Minnetaki, entrelacée de rouges feuilles automnales.

Elle se dressa dans son canot et sourit à Rod. Il se leva lui aussi, pour lui répondre avec politesse en retirant sa casquette, à la mode des gens civilisés. Un coup de vent, juste à cet instant, emporta la coiffure dans le lac.

Ce fut une explosion de rires, de la part des deux boys et de la jeune fille, et le vieil Indien ne se priva pas de les imiter.

La glace, dès lors, était rompue et, tout en riant au nez de Rod, Minnetaki poussa son canot vers la casquette qui flottait. Elle la repêcha et la tendit au jeune homme, du bout de sa rame.

« Pourquoi, dit-elle, vous couvrir ainsi la tête avant les grands froids ? Wabi en a l’habitude. Moi pas.

— Alors, moi non plus, je ne le ferai pas ! » répliqua Rod, galamment.

Et tous deux, parmi leurs rires, se mirent à rougir. Un équipement de chasse complet attendait le jeune blanc dans la chambre de Wabinosh-House qui lui avait été réservée : un fusil Remington, à cinq coups, d’aspect redoutable, tout pareil à celui de Wabi ; un revolver de gros calibre ; des raquettes à neige et une douzaine d’autres fourniments, indispensables à quiconque se prépare à entreprendre une longue expédition dans le Grand Désert Blanc. Rod, dès la première nuit, essaya son équipement.

Wabi avait pareillement préparé leur itinéraire sur une carte et délimité leur terrain de chasse. Les loups, sans cesse pourchassés dans les environs immédiats de la factorerie, y étaient devenus rares et prudents. Mais, à une centaine de milles au nord et à l’est, sur les terres à peu près vierges, ils pullulaient, exterminant sans relâche élans, rennes et caribous.

C’est là qu’il fallait aller, là que Wabi avait projeté d’établir ses quartiers d’hiver. Il était nécessaire de se mettre en route sans tarder et, au centre des pistes, après les avoir relevées, de bâtir en toute hâte, avant les grosses chutes de neige, la cabane de bûches où les chasseurs s’abriteraient durant les grands froids.

Il fut en conséquence décidé que les jeunes chasseurs, accompagnés de Mukoki, partiraient dans une semaine pour leur expédition.