Anna ne fut pas aussi convaincue que l'amiral. Mais il était inutile d'en demander davantage.

«Pauvre Frédéric, dit l'amiral; il faut qu'il recommence à nouveaux frais. Sophie doit lui écrire de venir; il y a ici de jolies filles, il me semble. Il serait inutile d'aller à Uppercross à présent, car l'autre miss Musgrove est recherchée par son cousin, le jeune ministre. Ne pensez-vous pas, miss Elliot, qu'il fera mieux de venir à Bath?»


[CHAPITRE XIX]

Tandis que l'amiral parlait de Wenvorth, celui-ci était déjà en route. Anna l'aperçut la première fois qu'elle sortit. Elle était avec sa sœur, M. Elliot et Mme Clay; on traversait la rue Nelson, il commençait à pleuvoir. Les dames entrèrent dans un magasin, tandis que M. Elliot s'avançait vers lady Dalrymph, dont la voiture stationnait à quelques pas de là, et lui demandait de prendre ces dames.

Mais la calèche ne contenait que quatre places, et miss Carteret était avec sa mère.

Une place appartenait de droit à miss Elliot l'aînée; mais il y eut un débat de politesse entre Mme Clay et Anna, pour la seconde place.

Anna se souciait peu de la pluie et préférait marcher; Mme Clay ne la craignait pas non plus, et était d'ailleurs solidement chaussée. Mais miss Elliot affirma que Mme Clay avait déjà pris froid; et M. Elliot soutint que les bottines d'Anna étaient les plus solides; cela mit fin au débat. Tout à coup, Anna, assise près de la fenêtre, aperçut Wenvorth, qui descendait la rue. Elle ne put s'empêcher de tressaillir, tout en se disant que c'était absurde. Pendant quelques minutes, elle ne vit rien; tout était confus autour d'elle. Quand elle put se remettre, on attendait encore la voiture, et M. Elliot s'apprêtait à faire une commission pour Mme Clay.

Elle alla vers la porte pour voir s'il pleuvait. Quel autre motif aurait-elle eu? Le capitaine devait être parti?

Elle rebroussa chemin en voyant entrer le capitaine Wenvorth lui-même avec plusieurs dames et gentlemen. La vue d'Anna parut le troubler; il rougit extrêmement.