Quand chacun fut assis à sa place, elle chercha des yeux Wenvorth, mais elle ne le vit pas, et le concert commença. M. Elliot s'était arrangé de façon à être placé près d'Anna. Miss Elliot, assise entre ses deux cousines et l'objet des attentions du colonel Wallis, était très satisfaite. Anna était dans une disposition d'esprit à jouir de la musique; pendant l'entr'acte elle expliquait à M. Elliot les paroles d'une chanson italienne. «Voici à peu près le sens, dit-elle, car une chanson d'amour ne se peut guère traduire, et je ne suis pas très savante.
—Oui, je vois que vous ne savez rien, vous vous bornez à traduire fidèlement, élégamment ces inversions et ces obscurités de la langue italienne. Ne parlez plus de votre ignorance, en voici une preuve complète.
—J'accepte vos éloges comme une bienveillante politesse, mais je ne voudrais pas subir un examen sérieux.
—Je n'ai pas fréquenté Camben-Place si longtemps sans apprécier miss Anna Elliot. Elle est trop modeste pour que le monde connaisse la moitié de ses perfections, et chez toute autre femme cette modestie ne serait pas naturelle.
—De grâce, arrêtez: c'est trop de flatterie. Que va-t-on jouer maintenant? dit-elle en regardant le programme.
—Je vous connais peut-être, dit M. Elliot en baissant la voix, depuis plus longtemps que vous ne pensez.
—Vraiment! comment cela se peut-il? Vous ne pouvez me connaître que depuis mon arrivée à Bath.
—Je vous connaissais par ouï-dire, longtemps avant. On vous a dépeinte à moi. Votre personne, vos goûts, vos talents, tout est présent à mon esprit.»
M. Elliot ne se trompait pas en espérant éveiller l'intérêt d'Anna. On éprouve un charme mystérieux et irrésistible à être connue depuis longtemps sans le savoir. Elle le questionna, mais en vain. Il était ravi qu'on l'interrogeât, mais il ne voulait rien dire.
«Non, non, plus tard peut-être, mais pas maintenant.»