Alors il parut plus à l'aise, et jeta même un regard sur le banc pour y prendre place à côté d'Anna. A ce moment elle se sentit toucher l'épaule; c'était M. Elliot qui la priait de vouloir bien expliquer encore l'italien. Miss Carteret désirait comprendre ce qu'on allait chanter.

Anna ne put refuser, mais jamais elle n'avait fait à la politesse un plus grand sacrifice.

Quand elle se retourna vers le capitaine, il lui dit adieu précipitamment.

«Cette chanson ne mérite-t-elle pas qu'on reste? dit Anna soudainement poussée à encourager Wenvorth.

—Non, dit-il d'un ton singulier. Rien ici n'est digne de me retenir.» Et il partit.

Il était donc jaloux de M. Elliot. C'était là le seul motif plausible. Aurait-elle pu le croire trois heures auparavant! Ce fut un moment de joie exquise. Mais, hélas! combien différentes furent les pensées qui suivirent! Comment apaiser cette jalousie? Comment pourrait-il jamais connaître les vrais sentiments d'Anna?

Les attentions de M. Elliot la firent souffrir horriblement, ce soir-là.


[CHAPITRE XXI]

Le lendemain Anna se rappela avec plaisir sa promesse à Mme Shmith. Elle serait absente quand M. Elliot viendrait, car l'éviter était maintenant son seul désir. Elle éprouvait cependant pour lui une grande bienveillance; elle lui devait de la reconnaissance et de l'estime. Mais Wenvorth existait seul pour elle, soit qu'elle dût être unie à lui, soit qu'elle en fût séparée pour toujours. Jamais peut-être les rues de Bath n'avaient été traversées par de pareils rêves d'amour.