Sir Georges parut embarrassé. Sur mon ame, dit-il, je ne puis pas vous répondre un mot sur tout cela; mais je puis vous dire qu'il est un agréable et bon camarade, et qu'il a les plus jolies petites chiennes d'arrêt que j'aie vues de ma vie. Les avait-il avec lui aujourd'hui? Elles sont noires, le museau et les pattes marqués de feu, une tache blanche au poitrail; deux charmantes petites bêtes, sur mon honneur.
Il avait des chiens qui sautaient beaucoup autour de lui, dit Maria; mais elle n'avait pas plus remarqué leur manteau et leur espèce, que sir Georges le génie et le caractère de leur maître.
Mais qui est-il? dit Elinor. D'où est-ce qu'il vient? A-t-il une maison à Altenham?
Sur ce point sir Georges pouvait mieux répondre. Il leur dit que M. Willoughby n'avait aucune propriété dans le comté, qu'il demeurait au château d'Altenham, chez la vieille dame Smith, qui était sa grande tante, et dont il devait hériter. Oui, oui, miss Elinor, c'est une bonne capture à faire, je puis vous l'assurer; et outre cet héritage, qui ne lui manquera pas, car il fait bien sa cour à la vieille dame, il possède déjà une très-jolie terre en Sommerset Shire, et si j'étais à votre place je ne le céderais pas à ma sœur cadette, en dépit de ses roulades en bas des collines. Que diable! mademoiselle Maria ne peut pas espérer de garder pour elle seule tous nos beaux garçons; le colonel Brandon sera jaloux, si vous n'y prenez garde.
Je ne crois pas, dit madame Dashwood, avec un aimable sourire, que M. Willoughby soit en danger d'être capturé comme vous dites, par l'une ou l'autre de mes filles; elles n'ont pas été élevées à cet emploi dans leur enfance, et n'y entendent rien. Vos beaux garçons, de même que les riches peuvent être fort tranquilles avec nous; je suis charmée cependant d'apprendre par ce que vous dites, que ce bon jeune homme est estimable et bien né, et qu'on peut le recevoir.
Oui, oui, reprend sir Georges, c'est un très-bon et très-aimable garçon. L'automne dernier à un petit bal au Park, je me rappelle qu'il dansa depuis huit heures du soir jusqu'à quatre heures du matin, sans s'asseoir une seule fois.
—Vraiment, dit Maria avec ses charmans yeux étincelans, et sans paraître fatigué!
—Lui! Pas du tout; à huit heures du matin il était à cheval pour la chasse.
—Eh bien! dit Maria, j'aime cela; un jeune homme doit être ainsi. Quoiqu'il fasse, il doit y être entièrement, sans se lasser, sans se rebuter. Je suis sûre qu'il ferait de même pour tout, pour ses affaires, pour ses devoirs.
—Quant à cela je l'ignore, dit sir Georges; mais ce que je vois clairement, c'est qu'il a fait votre conquête, miss Maria, et que le pauvre Brandon n'a plus qu'à se retirer.