—Prodigieuse, immense, incroyable! Quel frère dans le monde ferait cela pour ses sœurs, même pour des sœurs réelles? et des demi-sœurs! mais vous avez toujours été trop généreux, mon cher John.

—Il vaut mieux dans de telles occasions faire trop que trop peu, dit John en se rengorgeant; personne au moins ne dira que je n'ai pas fait assez. Elles-mêmes ne s'attendent sûrement pas que je leur donne autant.

—Elles n'ont rien du tout à attendre, reprit aigrement Fanny; ainsi il n'est pas question de leurs espérances, mais de ce que vous pouvez leur donner, et je trouve....

—Certainement je trouve aussi que cinq cents pièces sont bien suffisantes, interrompit John, sans que j'y ajoute rien. Elles auront chacune à la mort de leur mère trois mille trois cent trente-trois pièces; fortune très-considérable pour toute jeune femme.

—Oui vraiment trois mille trois cent trente-trois; je n'avais pas fait ce calcul, et c'est vraiment immense! trois mille trois cent trente-trois pièces! c'est énorme.

—Et même quelque chose de plus, dit John en calculant sur ses doigts. Dix mille pièces, divisées en trois. Oui c'est bien cela. Trois mille trois cent trente-trois et quelque chose en sus.

—Alors, mon cher, je ne conçois pas, je vous l'avoue, que vous vous croyiez obligé d'y ajouter la moindre chose. Dix mille pièces à partager entr'elles, c'est plus que suffisant. Si elles se marient, c'est une très-belle dot, et elles épouseront sûrement des hommes riches; si elles ne se marient pas elles vivront très-comfortablement ensemble avec dix mille livres.

—Cela est vrai, très-vrai, dit John en se promenant avec l'air de réfléchir; ainsi dites-moi, ma chère, s'il ne vaudrait pas mieux faire quelque chose pour la mère, pendant qu'elle vit, une rente annuelle? Mes sœurs en profiteront autant que si c'était à elles. Cent pièces par année par exemple; il me semble que pour une vieille femme qui vit dans la retraite, c'est bien honnête: qu'en pensez-vous, Fanny?

—Il est sûr, dit-elle, que cela vaut beaucoup mieux que de se séparer de quinze cents livres tout à-la-fois... Mais je réfléchis que si madame Dashwood allait vivre vingt ans, alors nous serions en perte.

—Vingt ans, chère Fanny! vous plaisantez; elle ne vivra pas la moitié de ce temps-là; elle est trop sensible, trop nerveuse.