Lucy se tut avec l'air mécontent.

—Je suis fâchée que nous ne puissions pas voir votre sœur, dit mademoiselle Anna, est-ce qu'elle est malade? On prétend qu'elle a ses raisons, et je les comprends bien. On ne trouve pas facilement un homme tel que M. Willoughby, et c'est vraiment une grande perte. Elle est donc bien désolée, la pauvre Maria?

—Elle le sera certainement, mesdames, de n'avoir pas le plaisir de vous voir, dit Elinor avec une noble simplicité; elle a aujourd'hui un très-grand mal de tête qui la force à garder sa chambre.

—Un mal de tête! quel malheur! je la plains beaucoup je vous assure; mais ne pourrait-elle pas également voir d'anciennes amies de campagne comme nous, avec qui elle peut ouvrir son cœur en entier? Rien ne soulage mieux: nous allons monter chez elle.

—Je crois, dit Elinor un peu sèchement, que pour la migraine le silence et le repos valent mieux. Elle commençait à les trouver impertinentes au point qu'elle ne pouvait presque plus se modérer. Lucy lui épargna la peine d'une réprimande; elle en fit une très-sèche à sa sœur aînée sur son manque d'usage et de politesse. Elinor trouva que celle qui grondait aurait mieux encore mérité la gronderie, et la vit partir avec plaisir.

FIN DU SECOND VOLUME.


Au lecteur

Madame de Montolieu a traduit «librement» «Sense and Sensibility». Elle a notamment changé les prénoms de certains personnages du roman de Jane Austen, dont le nom n'apparaît pas dans la version papier.