Les derniers degrés de l'escalier, puis une méchante échelle, conduisent à une plate-forme établie sur le point culminant du rocher. La mer, calme, bleue, animée par les embarcations des navires français et anglais toujours en mouvement dans le port, semble fière de porter une paire de navires outre le bateau de l'Imam, pavoisé en l'honneur de je ne sais quelle fête musulmane. Au pied de la citadelle, les maisons blanches de Mascate; on ne les dominerait pas mieux si l'on chevauchait le vautour qui plane au-dessus de nos têtes. Derrière la ville, deux vallées, serrées entre de hautes montagnes, verdies de place en place par des jardins.
JARDIN DE MASCATE.
Une chapelle portugaise s'élève à l'angle de la terrasse. Sa coupole supporte sans fléchir un odieux croissant, mais les chapiteaux placés au-dessus des colonnes engagées, l'ornementation de la porte, ne sauraient laisser de doute sur la destination primitive de l'édicule. Les battants sont clos: d'impurs Faranguis souilleraient un temple bâti par des chrétiens.
Nous ne pouvions quitter Mascate sans visiter les jardins aperçus du haut de la citadelle. Ici, comme sur toute la côte, on achète chaque feuille au prix de copieux arrosages. L'eau provient de puits entretenus par des infiltrations profondes. Une poche de cuir, manœuvrée soit à bras, soit à l'aide d'un attelage de bœufs, amène l'eau à la surface du sol.
5 novembre. Bouchyr.—Encore la rade de Bouchyr! Encore un nouveau gouverneur! La ville prospère sous la haute direction d'un jeune homme de vingt-six ans, le malekè toudjar (roi des marchands), fils d'un très riche négociant dont l'âme s'envola l'année dernière vers un monde meilleur.
PUITS A MASCATE.
Les désirs d'un Persan enrichi, fût-il soldat, domestique, mendiant, sont peu variés. Son père enterré et ses millions réalisés, le Nabab gagnait Stamboul, y demeurait six mois, et reprenait le chemin de la patrie escorté de douze femmes de race et de beauté variées, pour le transport desquelles il affrétait un navire spécial. J'oubliais: une machine à glace et quelques chevaux anglais faisaient également partie du convoi.
Cependant le prince Zellè Sultan comptait et recomptait les krans employés à cette admirable expédition. Une si belle conduite méritait sa récompense. A peine le voyageur avait-il débarqué, qu'il recevait, comme don de joyeux retour, la haute charge de gouverneur de Bouchyr. Depuis lors ce sont chaque jour honneurs inespérés. Dans l'espace de six mois le Malek a atteint le faîte de la hiérarchie civile et militaire: croix, rubans, plaques, médailles surchargent son cou, constellent sa poitrine, et le prince royal rêve encore d'un ordre nouveau pour son sujet favori.