Dernièrement, le roi, fatigué de payer tous les mois la solde des officiers et de l'équipage, ordonna de mettre son aviso à la disposition du commerce.
Les immenses salons de l'andéroun occupent la plus grande partie du bâtiment; les cales sont fort petites, et, fussent-elles bondées, le fret ne saurait payer le charbon que consomme la machine. D'autre part, les négociants refusèrent de confier leurs marchandises au bateau de Sa Majesté: vers qui se fussent-ils retournés en cas de sinistre?
Seul le malekè toudjar pouvait sauver le monarque. Il est entré hier dans la bonne voie. La poudre manquait pour tirer en l'honneur de l'anniversaire de la naissance de Nasr ed-Din Chah la salve réglementaire—autant de coups de canon que d'années—les magasins du nouvel amiral y ont pourvu.
Prends garde, malekè toudjar! Zellè Sultan te demandera bientôt tes douze femmes et ta machine à glace; et tu seras heureux si, ta vie durant, il te reste deux chaïs par jour pour te nourrir de concombres!
15 novembre.—Grâce à la poudre du malekè toudjar, aux canons de la France et de l'Angleterre, la naissance du roi fut fêtée bruyamment. Les trois navires étaient pavoisés de drapeaux multicolores, les barques indigènes parcouraient la baie; la ville elle-même s'animait sur le soir aux clartés fumeuses des lampions, et le télégraphe transmettait à Sa Majesté la nouvelle de la superbe manifestation internationale faite en son honneur dans le grand port de l'empire. Puisse cette dépêche rappeler à la Kébla de l'univers que nous attendons son bon plaisir!
Nos jeunes camarades nous ont rejoints, le temps passe, et l'autorisation de recommencer les fouilles s'attarde dans les cartons ministériels. Une lettre de la légation de France, une dépêche du docteur Tholozan assurent que toutes les difficultés sont levées..., mais nous conseillent de surseoir à notre départ.
17 novembre. Bassorah.—Nous nous morfondions à Bouchyr. Le Scorpion avait hâte de reprendre sa route vers Madagascar. Marcel n'a pas hésité à franchir une nouvelle étape contre vent et marée et à se rapprocher du tombeau de Daniel, tout en gardant ses communications télégraphiques avec la Perse.
Novembre s'achève, le pèlerinage d'avril ne doit pas trouver les chantiers ouverts: quel temps nous restera-t-il pour exécuter les fouilles, si l'on ajourne indéfiniment notre entrée en Susiane? Marcel a changé les fonds dont nous disposons contre des krans persans, et, afin d'éviter les difficultés administratives ou financières qui se présentèrent quand nous dûmes extraire des coffres du gouverneur l'argent déposé chez Zellè Sultan, il a partagé le trésor entre les quatre cantines où sont enfermés nos vêtements.
Il s'agit maintenant de n'être point pillés. Chacun sachant que, l'hiver dernier, la fortune de la mission était déposée à Dizfoul, nous espérons franchir le hor et le désert sans exciter les convoitises des nomades.
Comme le Scorpion poussait ses feux, un navire de la Compagnie British India mouillait près de lui. Je ne pensais pas que ses larges flancs portaient la frise des lions confisquée par la douane de Bassorah. Dès notre arrivée à Bouchyr, une dépêche avisait MM. les Turcs de la venue prochaine d'une canonnière française, autorisée, disait-on, à réclamer, au nom du gouvernement de la République, les collections indûment saisies.