Derniers adieux du cheikh des Beni-Laam:

«Le mulet qui portait vos couvertures s'est entravé malencontreusement cette nuit; je vais vous prêter une autre bête.

—Merci.

—Auparavant donnez-moi deux krans pour sa location.

—Mahmoud, deux krans au cheikh.

—Sont-ils en bon argent? Ta bourse est ronde, petit cuisinier: ajoute encore deux krans pour le conducteur..., puis... deux krans pour la journée de retour de la bête,... deux krans pour la journée de retour du conducteur,... deux krans pour le bakhchich de l'homme et de la bête. Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix. Le compte y est.»

Ce n'est pas payer trop cher le mulet d'un homme qui possède une fortune de vingt millions et touche, indépendamment du malyat ou capitation d'un kran payée par toute barbe poussant sur un menton beni-laam, le ouady, contribution deux fois plus lourde, destinée à parer aux frais éventuels de guerre et, en cas de meurtre, aux indemnités exigées par les tribus voisines.

1er décembre.—«Monsieur! monsieur! s'écrie le charpentier Jean-Marie, gardien fidèle du trésor, les dépêches que vous attendiez avec tant d'impatience sont arrivées peu d'instants après votre départ pour Nahar Çaat.»

Le léger escalier gémit et s'ébranle, la terrasse tremble; pleins d'impatience, nous nous élançons à l'assaut des nouvelles. «De Suse les chemins sont ouverts!» disent, sous une forme à peu près identique, deux télégrammes signés du docteur Tholozan et de M. de Balloy, ministre de France à Téhéran. Enfin!...

«Mahmoud, Abdallah, Reza, alerte, courez! Des chameaux, des mulets! Nous partons demain. Comment, drôles, vous jouez encore aux mouches?»