Nous n'avons point encore bataille gagnée: un autre groupe se dessine au loin.
ALERTE.
«Fellahyé! tu as trop d'amis dans cette plaine! crie mon mari. Tiens ceux-ci à distance, si tu as souci de leur vie.» Les lances, les abas s'agitent; les retardataires comprennent que le coup est manqué et viennent joindre leurs protestations de dévouement aux salamalecs de la première troupe. Marcel se tourne alors vers les muletiers:
«Prenez les devants, et ne vous endormez pas en chemin.»
Un soupir de soulagement s'échappe de leurs bouches, leurs visages rayonnent, ils osent presque regarder les Arabes. Lorsque la caravane lui paraît hors de péril, mon mari engage le fils de Menchet à profiter du départ de ses amis pour regagner la tente paternelle.
«Non, certes; je serai votre guide durant tout le voyage!»
Comment se débarrasser d'un homme aussi gluant? Le désert n'est-il pas la propriété du nomade?
Au soleil couchant, les muletiers me montrent de grosses taches blanches semées dans un pré. Le bruit de nos pas semble leur donner la vie; elles s'agitent, s'émeuvent et prennent la fuite; ce sont des gazelles. Impossible de les atteindre. Le long du pré court un ruisseau alimenté par une source; nous n'irons pas plus loin.
La nuit s'est passée fort paisible, les chacals eux-mêmes ont gardé le silence, preuve certaine de l'éloignement des tribus.