MOZAFFER EL MOLK.

Mozaffer el Molk persista dans sa décision. Deux heures après l'ouverture des hostilités, l'imam djouma, déclarant qu'il n'autoriserait pas de sa présence la levée d'une taxe sacrilège, partait pour Nedjef,... mais s'arrêtait au tombeau de Daniel.

A peine le prêtre était-il sorti de la ville, que le peuple s'assemblait dans les mosquées; une explosion de ce fanatisme qui transforme les paisibles Dizfoulis en bêtes sauvages était imminente. De tous côtés arrivaient au palais des nouvelles menaçantes; Mozaffer el Molk tremblait. Il comprenait que ses fameux canons se tourneraient d'eux-mêmes contre lui. Mohammed Taher fut supplié d'arranger une affaire si mal engagée et d'obtenir, contre promesse de cesser la perception du nouvel impôt, le retour de l'imam djouma.

Les fils du cheikh, chargés de cette délicate mission, arrivaient au Gabr cette nuit même. L'imam djouma n'a point fait la sourde oreille à des propositions de paix. Sa rentrée à Dizfoul s'annonce comme un triomphe. Il sera nommé député aux prochaines élections.... Mais j'oubliais: la Perse n'est pas à la veille de s'offrir un gouvernement représentatif! Doit-elle-le regretter?

Imam et messagers vinrent nous saluer. La conversation roula sur les mérites d'un émule méconnu de Pasteur, le cheikh de Djeria, notre voisin. Ce digne seïd est demeuré en si bonne intelligence avec Nabi Mohammed, son aïeul, que ses seuls attouchements guérissent les morsures des chacals les mieux enragés.

Hélas! les pouvoirs du saint ne s'étendent pas jusqu'au soulagement des infortunés habitants de la Susiane, trop éloignés du pouvoir central, privés de toute communication avec la capitale, toujours livrés à des gouverneurs insatiables.

Puis sont venus sur le tapis les problèmes les plus ardus de l'économie politique, la cherté du pain, la misère générale, les pluies trop abondantes de l'année dernière, attribuées à notre intervention auprès du ciel, la sécheresse actuelle, due à une semblable origine.

«Sous ces tentes légères ne craignez-vous par les attaques des nomades? a demandé l'imam djouma.

—Dieu est grand! nous avons de bonnes armes.

—Il n'y a pas un homme, fût-il Arabe, Persan ou fils du diable, qui oserait camper sur ces hauteurs désertes où courent la nuit les vents malfaisants et les mauvais génies. Que faire contre des légions d'esprits! Avez-vous des enfants?