Les fouilles exécutées sur ce point présentent un intérêt particulier. Depuis le début des travaux, douze ouvriers nettoient les parois de la crevasse. Hier ils rencontraient, au milieu de nombreux débris de poteries, une statuette d'Anaïta; aujourd'hui apparut une dalle de marbre noir couverte de cunéiformes perses. La traduction du texte sera entreprise dès que la pluie nous confinera au logis. Près de cette inscription se dressait un mur mal construit, où les matériaux de terre se mêlaient avec des tronçons de colonnes et des pierres sculptées, divisés en menus éclats. Plusieurs fragments appartiennent aux encadrements d'une porte et rappellent, sous des profils plus grécisants, les montants et les linteaux des baies persépolitaines. Deci, delà, on rencontre quelques émaux, détachés, semble-t-il, de la frise des lions.
Le monument est détruit, saccagé. Sa découverte ne serait pas décisive si le hasard ne s'était chargé de compléter les renseignements fournis par un travail méthodique et patient.
Les pâtres du tombeau de Daniel conduisent volontiers leurs bêtes dans les fondrières humides, où l'herbe nouvelle commence à montrer ses feuilles vertes tandis que la plaine est encore sèche. Entre toutes, celles où ils ont l'espoir de trouver des amis sont les préférées. On causera de la pluie, du beau temps, des Faranguis, thèmes inépuisables; puis le nouveau venu appliquera ses lèvres à l'orifice de la plus primitive des pipes. Cet ustensile, composé d'un fourneau et d'un conduit creusés en terre, remplace le kalyan, interdit pendant les heures de travail, et disparaît caché sous une motte de terre quand on signale l'approche d'un membre de la mission. Saisis de la plus louable émulation, il est même des bergers qui ont entrepris pour leur compte personnel des fouilles contemplatives. Les yeux travaillent seuls, mais quels yeux! Ils perceraient la croûte terrestre sans pioche ni tarière.
Aussi bien n'ai-je point été surprise quand le gardien de nos moutons, les mains pleines de morceaux de bronze, vint m'apprendre que ces fragments provenaient de la grande crevasse et qu'il les avait découverts à soixante mètres en arrière du point où travaillaient les ouvriers. Il nous servit de guide.
L'emplacement désigné fut attaqué, et bientôt apparut un énorme galet, cubant plus d'un mètre. A la partie supérieure une excavation, taillée au ciseau, recevait la crapaudine de métal où se mouvait le vantail. L'ensemble du monument reposait sur une fondation de gravier. A droite gisait l'urne d'albâtre qui contenait les textes commémoratifs. D'autres avant nous creusèrent sous la pierre un étroit chemin, violèrent ce vase et retirèrent les cylindres ou les sceaux gravés au nom du souverain qui ordonna l'érection de la porte. Mêlées aux terres, se trouvaient des feuilles de bronze repoussé, revêtement incontestable des huisseries de cèdre dont les fibres adhèrent encore aux clous.
Le dessin est simple, charmant, franchement déduit de l'emploi des matériaux.
Imaginez un blindage composé de plaques carrées, d'un pied de côté. Chaque carré est réuni à son voisin par trois listels de bronze creusant dans le vantail ces larges rainures si chères aux décorateurs assyriens et que l'on désigne sous le nom de refend. Le milieu de chaque plaque est orné d'une double marguerite, dont les contours sont repoussés au marteau.
Comme il fallait river ces lames de bronze et les relier aux ais, on les entoura d'une rangée de clous à tête ronde, puis on fixa des clous au sommet des pétales de la marguerite et au centre de l'ovaire.
Le fragment retrouvé forme un carré complet et présente tous les éléments de la décoration.
Crapaudine de grandeur colossale, débris de belles huisseries, double carrelage rencontré derrière la baie, inscription cunéiforme, linteaux et colonnes brisés, démontrent clairement que nous avons découvert l'emplacement de l'une de ces portes monumentales, orgueil des souverains de l'Orient. Cette porte mettait en communication médiate les demeures royales et la ville.