12 janvier.—Bonne journée! Le premier courrier expédié par le consul de Bassorah faisait au coucher du soleil sa bienheureuse apparition. Chacun se précipite sur ses lettres et les commence toutes avant d'en achever aucune. Il est si doux de rentrer en communication avec la patrie! Pendant quelques heures nous revivons d'une vie extérieure.

Allah Kérim! les nôtres sont en bonne santé.

Puis vient le tour des journaux; je ne m'étais jamais doutée qu'ils fussent aussi intéressants.

Pour achever de me mettre en joie, j'ai fait deux acquisitions plus faciles à transporter que le chapiteau bicéphale.

Il ne se passe pas de jour que les femmes nomades ne viennent me proposer quelque pierre antique. J'achète, sans m'inquiéter de leur provenance, amulettes et talismans. Ce soir on m'apporta deux cylindres charmants, propriété, peut-être contestable, d'une belle femme apparentée à un cheikh dont la tribu fournit la majeure partie de nos ouvriers arabes.

BIBI MÇAOUDA.

J'ai accueilli la visiteuse avec une considération marquée. On croirait qu'elle a emprunté aux teinturiers de nos archers la recette des jaunes de sa chemise, la couleur pourpre du voile et du turban qui drapent sa tête, et à leur tailleur le patron de longues manches pointues traînant jusqu'à terre. Mes efforts pour la déterminer à me céder sa toilette ont été infructueux: quoique fille d'un haut fonctionnaire du désert, elle n'avait qu'une chemise.

L'un des cylindres, gravé sur cristal de roche, représente un taureau ailé, à face humaine, couronné d'une haute tiare. Une inscription de quatre lignes, en caractères susiens, donne le nom du personnage auquel appartint ce bijou et celui d'une divinité protectrice. Autour du second court une scène d'un réalisme transcendant. Le style, hélas! charmant, de cette singulière intaille, décèle la main délicate et le burin artistique d'un graveur grec.

Comme j'enfilais ces petites merveilles sur la longue ficelle où prennent rang tous «mes talismans»: