4 mars.—Tel le chat joue avec la souris, tel Mozaffer el Molk prolongea notre agonie! Remercions Dieu: il ne nous a pas croqués!

En réponse aux communications de Marcel, le Khan avait parlé de devancer le pèlerinage, afin de présenter à Daniel ses devoirs prématurés et de régler, par surcroît, les difficultés pendantes.

Les jours passèrent, les pluies survinrent et nous commencions à douter du Khan et de sa promesse, quand, un matin, arrivèrent les ferrachs chargés de planter les tentes de Son Excellence.

Entre temps les charrettes s'étaient ébranlées à la demande du seïd tcharvadar, très désireux de toucher la seconde partie des frais de transport. Le 28 février on acheva, Dieu sait au prix de quels efforts, de tourner le tumulus; le 1er mars, le convoi parcourut un kilomètre; le 2 il fit une lieue, sous l'unique direction de M. Houssay, promu charretier bachy en remplacement de M. Babin, affligé d'une grosse fluxion.

Tous les matins nous quittions le camp pour aider M. Houssay à franchir les premières étapes. Au retour de l'une de ces courses je fus entourée par les ouvriers:

«On voit à l'horizon le Khan escorté de l'ordou!... Khanoum, sur nos yeux, gardez cette farine et ces vêtements, enfermez-les dans votre maison; les gens de police et les serviteurs du hakem sont là! ils vont s'emparer de notre bien! Chargez-vous aussi de nos femmes, vous les défendrez. Si elles restent au Gabr, on nous les prendra et on nous battra. Pitié! pitié!

EN ROUTE.

La scène était navrante. Les paquets furent enfermés dans le magasin, mais je refusai de monter la garde autour de la vertu de ces dames, qui d'ailleurs ne se souciaient guère de ma protection.