6 février.—A bord de l'Arabia. Sur le Chat-el-Arab.

En 1852, la commission anglaise, chargée de délimiter les frontières de la Turquie et de la Perse, profitait des immunités qui la couvraient pour pénétrer en Susiane. Elle était attirée par la réputation locale de la Kalehè Chouch (citadelle de Suse) et rêvait de donner une sœur à Ninive ou à Dour Saryoukin.

NOTRE MAISON DE BOUCHYR. (Voyez p. 51.)

Le massif de la citadelle fut attaqué tout d'abord; trois mois durant, le général Williams, puis Sir Kennet Loftus, sillonnèrent de tranchées les tumulus qui s'élèvent auprès du célèbre tombeau de Daniel.

Le succès répondit mal à l'attente des Anglais. Quelques bases de colonnes saillant au-dessus du sol, quelques fragments de sculptures amenèrent la découverte des substructions d'une grande salle hypostyle. Ce fut tout.

Des démarches maladroites pour s'emparer d'une inscription engagée dans le cénotaphe du prophète surexcitèrent à tel point le fanatisme religieux, que les nomades, affolés, tuèrent les serviteurs de la mission. Sir Kennet Loftus dut battre en retraite.

Il quittait Suse, que le choléra éclatait à Dizfoul. Cette épidémie, attribuée à la vengeance du prophète irrité de la présence des infidèles, mit le comble à l'horreur que le nom chrétien inspire aux musulmans de l'Arabistan.

Depuis cette époque nul européen, si ce n'est mon mari et moi, n'a séjourné auprès du tombeau de Daniel.

En 1882, nous parcourûmes la Susiane, seuls, sans argent, sans bagages. Combien la situation est différente et plus délicate aujourd'hui!