23 février.—Mon mari a profité des bonnes intentions du gouverneur pour donner l'ordre de préparer le bain. Dès la première heure nous pénétrions dans l'étuve.

Des bancs de terre disposés autour du vestibule sont destinés à recevoir les vêtements. Je pousse plus avant, et me voici dans une salle voûtée que ferme, en guise de porte, un matelas de feutre. Des fonds de bouteilles sertis au sommet de la coupole laissent pénétrer un demi-jour attristant. L'atmosphère est épaisse; j'ai peine à distinguer les lambris de faïence blanche et bleue appliqués sur les parois des murs et deux piscines d'eau chaude et d'eau froide. Quand on a la bonne chance de prendre un bain maure, c'est pour transpirer en conscience et jouir ensuite du bien-être si vanté que procure le retour aux conditions normales de la vie. Cela me rappelle les gens qui mettent de petits cailloux dans leurs souliers afin de se réserver le plaisir de les ôter.

LE NAÏEB EL HOUKOUMET DE DIZFOUL. (Voyez p. 76.)

Pleurez, mes yeux; brûlez, ma gorge; alourdissez-vous, ma tête et mes membres! Le plaisir lui-même réclame une acclimatation; nous sortons, et nous voilà retrouvant avec une vive sensation de bien-être la température du vestibule, puis la clarté du soleil et la brise qui souffle de la montagne.

«Êtes-vous satisfaits de votre bain? demande M. Houssay.

—Fumée, eau froide et eau chaude sont à discrétion.

—A mon tour.»

Nous rentrons au logis et Marcel se met en devoir de préparer un télégramme. Un courrier sur le point de partir pour Téhéran se chargera de cette dépêche; avant deux mois Paris aura de nos nouvelles. Le temps passe.

«Tu as eu tort de quitter le hammam, me dit mon mari sur un ton de regret: Houssay paraît s'y trouver à merveille.»