Cette minuscule pièce d'artillerie a déjà une légende. Parmi les bagages se trouvent quatre roues de prolonges. Depuis notre entrée en Perse, on nous interrogeait sur leur usage. «Elles font partie d'une charrette,» répondions-nous sans convaincre personne. Et les questions mystérieuses succédaient aux sous-entendus. D'autre part, on s'informait du contenu de nos caisses, et nous parlions sans mystère du canon destiné à Cheikh Mohammed Taher.
Les indigènes, n'ayant jamais vu d'autres roues que celles des deux canons du gouverneur, ont lié nos paroles et bâti des contes bleus. Tous sont persuadés que nous portons les armes destinées à la conquête de la Susiane. Marcel vient de découvrir la clef de cette énigme; il rit beaucoup du quiproquo, mais sa gaieté n'eut pas meilleur succès que ses protestations et fut interprétée comme un trait de génie ou un miracle de dissimulation.
Mohammed Taher jouit d'une très grande influence sur la population fanatique de Dizfoul. Une lettre de seïd Hadji Houssein lui est parvenue, ainsi qu'en témoigne l'accueil bienveillant que lui et ses fils ont fait à la mission. Rien ne nous retient plus ici; demain nous coucherons à Suse. In-ch' Allah!
LES FILS DE CHEIKH MOHAMMED TAHER. (Voyez p. 76.)
Le mirza rejoindra sous peu sa vache à lait. Je le soupçonne de vouloir conduire aux Champs-Élysées quelques demoiselles de Dizfoul: la mission payera les violons. Il faut pourtant rester en bonne intelligence avec le personnage chargé de nous espionner.
MIRZA ABDOUL-RAÏM.
LE TOMBEAU DE DANIEL. (Voyez p. 83.)