CAVALIER ARABE ET SES PETITS ENFANTS.
Le nouvel arrivant ne parle pas persan; Mçaoud se présente comme interprète, mais s'acquitte si mal de ses fonctions, qu'il faut recourir à un domestique indigène. Chacun y met du sien, excepté le cheikh, dont le mutisme ne me semble pas encourageant. S'il paraît décidé à nous vendre beurre, moutons, poulets et œufs, il refuse de nous procurer des ouvriers. Est-ce méfiance, crainte de l'autorité religieuse ou civile de Dizfoul? redoute-t-il de fournir des hommes dont on reconnaîtra les services à coups de bâton? A la même demande présentée sous des formes différentes Cheikh Ali répond toujours en frottant ses deux mains l'une contre l'autre: «Arab, la, la!» (Arabes, non, non!) En termes moins laconiques ce geste et ces paroles signifient: «Les Arabes ne travaillent pas, adressez-vous aux Persans de Dizfoul, vile engeance bonne à tout bât.»
Le seul désir de nous présenter leurs devoirs n'avait pas amené autour de notre tente Cheikh Ali et les chefs des principales tribus de la plaine.
Possesseur d'un fusil de chasse venu d'Angleterre par voie de Bombay et de Bassorah, Cheikh Ali croyait être le roi du pays. Hier soir nous avons essayé nos carabines, en prenant comme cible une pierre blanche qui domine la crête des éboulis de la citadelle. Le résultat de notre tir était connu des nomades deux heures plus tard. Dès l'aurore ils prenaient le chemin du campement. Marcel, M. Babin et M. Houssay ne se sont pas fait prier pour donner à nos voisins un tamacha (spectacle) capable de leur inspirer un salutaire respect; ils ont atteint le but, distant de quatre cent cinquante mètres. Le tour de Cheikh Ali était venu; ses projectiles tombaient tous dans la vallée. Rien de comique comme le naïf désappointement des assistants et leurs figures s'allongeant à chaque insuccès. Les parents du cheikh, ses plus fidèles sujets, ont demandé la permission de tenter une nouvelle épreuve; elle n'a pas été plus heureuse. Nos tireurs restent interdits, au fond très humiliés. Un malin veut rétablir le prestige des Arabes. «Il faut que Khanoum tire à son tour!» s'écrie-t-il. Khanoum hésite: va-t-elle compromettre la réputation de ses camarades ou confesser que les femmes du Faraguistan sont d'une autre pâte que les hommes? Jamais de la vie. Je mets un genou en terre, j'épaule: quatre fois ma balle fait éclater la pierre et voler une triomphante poussière. Des cris enthousiastes saluent la fin du tir, les Arabes se précipitent pour toucher mon arme et le pan de mon habit: «Sois bénie! que Dieu conserve tes jours!» etc. Nous ne serons pas attaqués de sitôt.
Cheikh Ali remonte à cheval et disparaît dans un nuage de fumée, qu'entretient autour de lui une fusillade furieuse.
L'après-midi s'est passée sur les tumulus et dans les profondes crevasses qui déchirent leurs flancs, sans qu'un indice ait pu nous déterminer à les attaquer en un point plutôt qu'en un autre. La kalehè Chouch est un livre fermé dont il est bien difficile de commencer le déchiffrement. Cependant Marcel pressent que l'entrée de l'apadâna, dont Loftus déblaya les bases de colonnes, est située vers le sud, et doit être précédée d'un pylône analogue au portique Viçadayou de Persépolis. La position des inscriptions trilingues, gravées sur les faces—est, sud, ouest—des soubassements qui portent les quatre colonnes centrales de la travée nord, ne lui permet pas de douter que la grande entrée de la salle du trône ne regardât la citadelle.
C'est donc fort loin des excavations anglaises qu'il s'est décidé à chercher les portes et les escaliers, sûr de les y découvrir si quelques vestiges du palais ont survécu aux siècles et aux révolutions. Ces considérations l'ont engagé à couper en biais une ligne de crête placée, par rapport à l'apadâna, dans la position du portique persépolitain. Cette première excavation aura quatre mètres de large et soixante mètres de long.
CREVASSE SUR LES FLANCS DU TUMULUS.