Narchivan fut une ville prospère au Moyen Age. Hors des murs nous visitons une vaste mosquée couverte d'une coupole en partie ruinée et, à quelque distance de là, l'Atabeg Koumbaz, charmant petit édifice, où dort de son dernier sommeil un grand personnage musulman.
La construction repose sur une crypte voûtée; le toit, de forme pyramidale, est couvert en briques; les frises et les faces du monument sont, comme celles de la masdjed Djouma, ornées d'inscriptions coufiques; mais les dessins sont exécutés plus simplement en mosaïque de briques de couleur uniforme, posées sur fond de mortier.
RUINES DE LA MASDJED DJOUMA ET MINARET A NARCHIVAN.
Au sommet du toit est un nid de cigognes, où tous les ans, paraît-il, ces beaux oiseaux viennent pondre et couver leurs œufs. Les petits mettent quatre à cinq mois à naître ou à grandir et abandonnent ensuite le nid paternel, tandis que les parents, constants comme les hirondelles, reviennent chaque année renouveler leur bail avec le faîte du même monument.
ATABEG KOUMBAZ A NARCHIVAN.
Hadji laïlag (le pèlerin aux longues jambes) est très aimé par les habitants des villages; sa présence porte bonheur. Cet oiseau respecté est domestiqué comme les poules de basse-cour; il se promène dans les rues sans être inquiété par les gamins, sort paisiblement de la ville pour faire la chasse aux serpents, divise ces reptiles en menus fragments, mange la tête et la queue, et réserve les parties les plus tendres à sa couvée, qu'il soigne avec amour et défend avec courage contre les attaques des aigles et des vautours.
A l'approche de l'ennemi, hadji laïlag se dresse sur ses longues jambes, agite avec fureur ses ailes et fait entendre, en frappant l'une contre l'autre les deux parties de son bec, un bruit de battoir si discordant qu'il suffit à mettre en fuite les assaillants.
Le propriétaire de l'Atabeg Koumbaz, après m'avoir donné ces détails sur les mœurs des cigognes, m'invite à entrer dans sa maison et à prendre le thé; j'accepte avec reconnaissance, heureuse d'entendre parler une langue que j'ai le plus vif désir d'apprendre. Comme je me dispose à me retirer, mon hôte me fait plusieurs fois une proposition, que je crois mal comprendre, tant elle me paraît extravagante: il veut me céder l'Atabeg Koumbaz et compte bâtir avec le produit de la vente une maison à la russe en harmonie avec son bel uniforme. Je le remercie, tout en lui laissant entendre qu'au début d'un long voyage il serait imprudent de me charger d'un colis aussi volumineux et aussi pesant que son immeuble.