CARAVANSÉRAIL ARMÉNIEN.

PANORAMA DE DJOULFA. (Voyez p. [264].)

CHAPITRE XIV

Les jardins de l'évêché.—Le clergé grégorien.—L'andéroun de hadji Houssein.—Souvenirs de voyage d'une Persane à Moscou.—La tour à signaux.—Lettre du chahzaddè Zellè sultan.

2 septembre.—«Aïe! aïe! la! la! la! Assez! pardon! père, je ne recommencerai plus. Aïe! aïe!» hurle notre ami Kadchic en recevant sur la plante des pieds quelques légers coups de gaule.

Le mauvais drôle s'est permis de goûter à un pichkiach que l'évêque arménien nous a envoyé par l'entremise d'un vicaire, chargé de nous rappeler également que Sa Grandeur nous attendait ce soir à dîner dans son jardin des bords du Zendèroud. Le cadeau épiscopal ne se composait que de six pêches, mais elles étaient assez grosses pour remplir à elles seules une grande corbeille d'osier. Les fruits les plus parfumés des jardins d'Europe ne sauraient rappeler, même de loin, la chair à la fois ferme et fondante, la peau fine et la saveur musquée des pêches d'Ispahan. J'excuse, en les admirant, la gourmandise de Kadchic; sa grâce obtenue, le gamin se relève et se sauve en courant.

«La plante de tes pieds n'est-elle pas endolorie?

—Pas le moins du monde; elle est dure comme une semelle de cuir, mais je crie de toutes mes forces afin d'apitoyer bien vite le Père.»