Pendant les longues étapes de caravane, endormie la nuit sur l'arçon de ma selle et réveillée à tout instant par la crainte de me laisser choir en bas de ma monture, j'ai souvent regretté avec amertume de n'avoir pas à ma disposition une mauvaise charrette de Gascogne. Aujourd'hui j'ai goûté, une heure durant, le plaisir de parcourir la Perse en coupé à huit ressorts; cette expérience me suffit. Dans un pays où il n'y a pas de route entretenue, les systèmes de locomotion les plus primitifs sont encore les meilleurs; le voyageur n'a jamais à craindre de rester en chemin; et, s'il est condamné à demeurer de longues journées sur son séant, en revanche il respire un air pur et n'est pas secoué au point d'en perdre la tête.
A minuit je retrouve enfin mon clocher. Je ne m'occuperai pas d'astronomie ce soir, je préfère m'abandonner au dieu des rêves. Il me montrera de riches pèlerins en route pour la Mecque et l'armée persane traînant à travers les défilés des montagnes les favorites du chahzaddè.
PUITS D'ARROSAGE A LA DESCENTE. (Voyez p. [281]-282.)
MUSICIENS SALUANT LE LEVER DU SOLEIL. (Voyez p. [290].)
CHAPITRE XVI
Interprétation des livres sacrés.—Le Meïdan Chah.—Comparaison entre le Meïdan Chah et la place Saint-Marc à Venise.—Le pavillon Ali Kapou.—La masdjed Chah.—Les divers types de mosquées.—Les ablutions.—La prière.—Nécessité d'orienter les mosquées dans la kébla (direction de la maison d'Abraham).—La masdjed djouma.—Le mihrab de la mosquée d'Almansour.—Visite chez un seïd.—Histoire d'un missionnaire laïque à Djoulfa.—Les descendants de Mahomet.—Les impôts exigés en vertu des sourates du Koran.
Ispahan, 8 septembre.—Les théologiens d'Ispahan chargés par le mouchteïd de torturer en notre faveur les livres sacrés ont été récompensés de leurs patientes recherches et ont exhumé de leur bibliothèque un texte élastique qui leur permet d'introduire un chrétien dans la masdjed Chah.
La mosquée, paraît-il, se compose de quatre grands corps de bâtiments, réunis les uns aux autres par des portiques à deux étages; la cour centrale autour de laquelle s'élève l'édifice est un passage destiné à mettre en communication les principales entrées et doit, affirment les casuistes, être considérée comme un espace libre que des infidèles peuvent traverser sans enfreindre la loi musulmane. Le mouchteïd met également à notre disposition une série de chambres ménagées sous les arceaux des galeries supérieures, et nous autorise en outre à circuler sur les pochtèbouns (terrasses), comme sur le sol même de la cour. Enfin toute liberté nous sera laissée pourvu que nous ne cherchions pas à pénétrer dans la salle du mihrab.