DESSOUS DU PONT HASSAN BEG.

Toutes les perses de l'Irak sont charmantes, surtout quand, rehaussées de quelques arabesques d'or, elles sont employées comme portières ou jetées en guise de nappes sur les tapis. Leur fabrication a pris depuis quelques années une telle importance, qu'on est même arrivé à imprimer les couleurs avec des moules à main, afin de livrer l'étoffe courante à bon marché; quant aux beaux kalamkars, ils sont toujours dessinés à la plume et peints avec une grande netteté de contours.

MOSQUÉE A ABBAS-ABAD. (Voyez p. [330].)

18 septembre.—Nous avons réservé pour la dernière de nos courses autour d'Ispahan la visite du Chéristan, le plus vieux quartier de la ville, bâti sur l'emplacement de l'antique Djeï, et éloigné aujourd'hui de près de deux farsakhs de la cité moderne.

Quand on se rend au Chéristan, on suit d'abord la rive droite du fleuve; on longe ensuite le joli faubourg d'Abbas-Abad, bâti, comme Djoulfa, le long de canaux ombragés; puis le chemin disparaît et l'on ne reconnaît plus la route qu'aux empreintes laissées par les pieds des chevaux sur la terre sablonneuse; après une heure de marche je traverse la rivière et me trouve en présence d'un splendide minaret élevé de plus de trente-neuf mètres au-dessus du sol et décoré d'une inscription en mosaïque monochrome. Cette belle construction est due à un roi mogol, Roustem chah, qui régna sur la Perse au quinzième siècle.

Les murailles et la couverture de l'imamzaddè ont résisté victorieusement au temps et aux hommes; les voûtes surtout sont intéressantes à examiner: dépouillées de toute ornementation extérieure, elles expliquent avec une parfaite netteté la raison constructive de ces voussures compliquées dont les Persans, comme les Arabes, se sont montrés si prodigues dans leur architecture.

Non loin de l'imamzaddè, les arches d'un quatrième pont jeté devant Ispahan réunissent les deux rives du fleuve. Les piles de cet ouvrage sont en grossière maçonnerie de pierre, et les parties supérieures des arches ont été bâties en briques à une époque de beaucoup postérieure à la fondation primitive des piles.

La circulation, se portant tous les jours davantage vers les ponts Allah Verdi Khan et Hassan Beg, est fort peu active sur celui du Chéristan. D'ailleurs le bourg lui-même paraît si désert que notre arrivée ne réussit pas à attirer sur la place plus d'une vingtaine de curieux.

Quelques maisons, le minaret, l'imamzaddè, une mosquée délabrée et le pont sont les seules constructions signalant aujourd'hui l'emplacement de Djeï.