«Les défenseurs de la place, naïfs comme des Troyens, laissèrent pénétrer le convoi. A la nuit, des soldats cachés dans les sacs sortirent de leur prison, ouvrirent les portes aux assiégeants revenus sur leurs pas et donnèrent Yezd-Khast à Roustem.

«Si vous permettez au plus indigne de vos esclaves de vous accompagner jusqu'à l'entrée de la ville, ajoute le narrateur avec un geste théâtral, je vous montrerai le lieu où s'est passé un drame plus récent qui souilla notre chère cité peu de mois avant l'accession au trône du premier Kadjar.

«A la mort de Kérim khan, qui avait régné à Chiraz sous le titre de vakil (régent), Aga Mohammed khan, l'arrière-grand-oncle de Nasr ed-din, s'enfuit de la cour, où on le retenait prisonnier depuis son enfance, parcourut avec une étonnante rapidité la distance qui le séparait du Mazandéran, souleva les tribus tartares et se dirigea à leur tête vers Ispahan.

«Les frères et les enfants de Kérim khan, au lieu de s'emparer du trône, s'étaient laissé supplanter par le premier ministre, Zucché khan. Celui-ci, en apprenant la marche audacieuse d'Aga Mohammed, leva à la hâte quelques bataillons et se porta à la rencontre des révoltés. En arrivant à Yezd-Khast, il réclama avec une extrême violence la somme de sept mille francs que lui devaient, assurait-il, les habitants. Ceux-ci avaient acquitté leurs impôts et représentèrent l'impossibilité où ils étaient de verser dans les caisses royales une contribution aussi forte. Zucché khan était assis sur ce balcon très élevé qu'on aperçoit à l'extrême pointe du rocher quand les notables habitants lui apportèrent cette réponse. Exaspéré de leur résistance, il donna l'ordre de les précipiter les uns après les autres dans le vide: il en mourut ainsi dix-huit. Ce premier massacre étant resté sans résultat, le prince envoya saisir dans sa maison un seïd en grande odeur de sainteté et l'accusa d'avoir détourné l'argent dont il poursuivait infructueusement la rentrée. Le malheureux nia, fut poignardé et précipité à la suite des autres victimes au bas du rocher. Zucché khan n'était pas au terme de ses crimes, il fit amener en sa présence les femmes et les filles du seïd et les livra à son escorte. Tout sauvages qu'ils étaient, les soldats frémirent à la pensée de souiller l'andéroun d'un descendant du Prophète. Ils entrèrent dans une conspiration fomentée par les parents des victimes et égorgèrent le tyran pendant que, penché à sa fenêtre, il considérait les corps des malheureux suppliciés.»

SABRE ET POIGNARD PERSANS.

LES CHATS ANGORAS.

CHAPITRE XIX

Un convoi de chats angoras.—Les promesses d'un tcharvadar.—La célèbre mosquée d'Éclid.—Les sources.—Chasses de Baharam.—Femmes de la tribu des Bakhtyaris.—Sourmek.—Village de Dehbid.—Un enterrement en caravane.