Il venait un jour de rendre la justice et se retirait très fatigué, quand un homme se présenta et demanda à être entendu sans délai.
«Qui es-tu? demande Kérim khan.
—Un marchand auquel des voleurs viennent de dérober tout ce qu'il possédait.
—Et que faisais-tu pendant qu'on te volait?
—Je dormais.
—Pourquoi t'étais-tu endormi? reprend le prince avec colère.
—Parce que je croyais que vous veilliez sur moi.
—C'est juste, reprit Kérim khan, subitement calmé par cette réponse hardie; que l'on conduise cet homme chez mon trésorier, on lui remboursera la valeur des objets qu'il a perdus: c'est à moi de retrouver le voleur.»
Depuis Kérim khan, les temps ont bien changé: les gouverneurs laissent les voleurs pratiquer leur industrie en toute tranquillité et se croient quittes envers Dieu et ses créatures en affectant une profonde horreur pour le vin. D'ailleurs, s'ils s'abreuvent publiquement de cherbets (sorbets) ou d'autres boissons débilitantes, ils prennent, paraît-il, une fière revanche en particulier et rendraient, entre quatre murs, des bouteilles aux Polonais.
«Quand vous irez demain déjeuner chez Mirza Salih khan, vous ferez bien de lui demander s'il a annoncé votre visite au gouverneur, nous a dit ce matin M. Blackmore.