«Ceux qui approcheront de Dieu, nous dit le Koran, habiteront des jardins délicieux ombragés de beaux arbres et parcourus par des eaux toujours fraîches; ils se reposeront sur des couches ornées d'or et de pierreries; de jeunes esclaves, dont la beauté ne sera jamais altérée, verseront dans leur coupe un vin délicieux qui ne leur portera point à la tête et n'égarera pas leur raison. Ils trouveront sous leurs mains tous les fruits mûrs et les oiseaux rôtis qu'ils voudront manger, et n'entendront ni accusation ni vains discours: le mot de paix retentira partout.
—Et les femmes, ai-je demandé au mouchteïd, Mahomet les admet-il aussi parmi les élus du paradis?
—Hélas! il faut bien en rendre le séjour agréable aux hommes. De belles jeunes filles aux grands yeux noirs semblables à des perles cachées dans des coquilles vivront avec les élus, et leur présence sera la récompense du bien qu'ils auront fait.
—Les femmes seront-elles soumises à la polygamie?
—Oui, et chaque fidèle croyant possédera au moins soixante-deux houris, outre les femmes qu'il aura eues sur la terre.
—Le paradis comportera-t-il des andérouns où les femmes seront sévèrement gardées? Quand elles se promèneront dans les jardins miraculeux, seront-elles voilées?
—Cette précaution sera inutile, me répond le bon prêtre en souriant légèrement: les bienheureux n'auront qu'un seul œil au-dessus de la tête et ne verront ainsi que leurs seules épouses.
«Nous admettons aussi la prédestination, car le Koran apprend que Dieu a dit: «Nous avons attaché le sort de chaque homme autour de son cou».
—Quel mérite en ce cas voyez-vous à bien vivre, et pourquoi seriez-vous responsable de vos mauvaises actions?
—Et vous, chrétiens, comment admettez-vous en même temps la prescience divine et le libre arbitre? Mais je ne veux pas en ce moment dénigrer le christianisme, bien que certains points me paraissent très faciles à attaquer; je veux achever de vous instruire des formes du culte que nous rendons à Dieu. La principale de nos obligations est la prière. Cinq fois par jour, après les ablutions et avant de parler à Dieu, l'homme doit se dépouiller de tous ses vêtements de prix ou de ses bijoux, afin que sa parure ne puisse lui inspirer de sentiments d'orgueil, si contraires à l'humilité nécessaire à celui qui s'adresse à Allah. En pays sunnite les femmes ne sont pas volontiers admises dans les mosquées aux heures des cérémonies, de peur que leur présence ne détourne de Dieu la pensée des hommes. Les prêtres chiites, au contraire, leur conseillent d'assister aux prières publiques.