—Vous n'avez pas fait ce long trajet à cheval?

—Pardon, Sire, je ne saurais me tenir accroupie dans un kadjaveh et souffrirais beaucoup de la longue immobilité conséquence de ce genre de locomotion.

—Où allez-vous maintenant?

—A Ispahan, Chiraz, Firouzabad, et de là à Bagdad, Babylone et Suse.

—Vous mettrez des années à suivre un pareil itinéraire. Aurez-vous la force d'effectuer ce voyage? cela me paraît bien douteux. Avant de venir en Perse, avez-vous déjà parcouru l'Orient?

—J'ai visité l'Algérie, l'Égypte et le Maroc.

—Et partout vous avez voyagé sous ce costume?

—Le plus souvent, mais je l'ai adopté d'une manière définitive depuis mon départ pour la Perse.

—Vous avez très bien fait. Dans nos pays une femme ne peut sortir à visage découvert sans ameuter la population. Cela paraît vous surprendre? Croiriez-vous par hasard que, si une Persane voilée et revêtue de son costume national se rendait en Europe et se promenait sur les boulevards de Paris, la foule ne se précipiterait pas sur son passage? Les Français n'auraient cependant pas les mêmes excuses que mes sujets, car bon nombre de ceux-ci passent souvent leur existence entière sans voir d'autres femmes que leurs parentes les plus rapprochées.

«Savez-vous peindre? me demande le roi à brûle-pourpoint.