DÔME DE LA MASDJED DJOUMA DE SAVEH. (Voyez p. [171].)

L'embarras du choix à faire entre les pièces est grave: les unes, exposées au soleil, ont des semblants de portes qui permettent d'obtenir une obscurité relative pendant le milieu du jour; les autres, ouvertes dans la direction du nord, sont privées de toute fermeture: la lumière y est éblouissante et les mouches aussi nombreuses que les grains de sable de la cour. Je jette enfin mon dévolu sur une chambre munie d'une porte, je donne l'ordre d'étendre à terre les lahafs, et, après avoir cloué devant les ais disjoints des portières de laine noire pour la confection desquelles j'ai pris à Téhéran un brevet d'invention, je m'allonge, croyant me livrer à un bienfaisant repos.

Ma quiétude est de courte durée. Tout à coup je crois être le jouet d'un cauchemar. Quels sont les animaux que j'aperçois sur le sol et ceux qui se promènent sur ma figure? Je suis couverte de punaises laissées par les précédents propriétaires; d'énormes araignées dont le corps est presque de la grosseur d'une fève sont descendues le long des murs de terre et courent sur le sol.

Je me précipite vers la porte, j'arrache le rideau sur lequel j'avais fondé de si grandes espérances. La lumière du soleil envahit la chambre, les vilaines bêtes prennent la fuite et se cachent dans les trous des murailles. Nous n'avons pourtant pas conquis le repos: les guêpes et les mouches remplacent nos anciens adversaires et nous les font peut-être regretter. La température s'élève rapidement: à deux heures le thermomètre marque quarante-quatre degrés centigrades.

DERVICHE DU KHORASSAN.

23 juillet.—Le général nous a fait les honneurs de la ville. Saveh est la capitale d'un district divisé autrefois en quatre cantons, qui renfermaient cent vingt-huit bourgades, la plupart ruinées aujourd'hui. Dans les parties irriguées soit par les kanots, soit par les eaux de la rivière Mezdégan, le sol, très fertile, produit en abondance du coton, du riz et des froments de bonne qualité, qu'on expédie à Téhéran après la récolte. Malgré l'excessive chaleur il ne règne dans le pays ni fièvre ni maladie contagieuse.

Un seul monument, encore en assez bon état de conservation, la masdjed Djouma, témoigne de l'ancienne richesse de la ville.

Cette mosquée est abandonnée à cause de sa position excentrique: on n'y fait même plus la prière le vendredi, et elle sert d'asile à des mendiants et à des derviches de tous pays qui viennent se reposer à l'ombre de ses épaisses murailles. L'un de ces derniers présente un type des plus étranges. Il a la peau jaune des Indiens, les cheveux blonds et crêpés; son torse, largement modelé, se dégage des lambeaux d'un burnous de laine brune qui traîne à terre et drape le bas du corps de ce pieux personnage. Pour toute arme le derviche porte un bâton noueux, pour tout bagage un cachcoul (coque d'un fruit indien) sculpté avec art.