Jean d’Auriol riait.
— Mais… Monsieur… dit Arlette, toute souriante d’orgueil, ravie de n’être pas reconnue, je viens pour le portrait… que vous m’avez promis.
Le jeune peintre bondit sur sa chaise, et se levant consterné :
— Comment ! C’est vous, mademoiselle ! Vous que j’ai vue si gentille tout à l’heure !
On a son franc-parler à l’école des Beaux-Arts.
Et puis, école ou non, un artiste indigné ne mesure plus ses paroles :
— Mais, jour de Dieu ! c’est le portrait de votre costume et non pas seulement de votre figure que je voulais faire, Mademoiselle ! Je ne suis pas caricaturiste, nom d’un chien ! Vous ne vous êtes pas regardée dans votre miroir, donc ! Tantôt, sous vos châtaigners, vous étiez à croquer ! A présent, vous avez l’air de la première venue, prétentieuse et déguisée, qui passe sur les trottoirs de Toulon !… Je suis désolé, Mademoiselle, — poursuivit-il radouci en voyant Arlette toute décontenancée et près de fondre en larmes, — je suis vraiment désolé de vous avoir dérangée de votre travail… pour rien… car, bien sûr, je ne peux perdre mon temps à vous peindre — à l’huile — dans ce déguisement. Rassurez-vous, d’ailleurs, Mademoiselle, Madame votre mère me permettra de vous indemniser de la peine que vous avez prise, bien à contre-temps, toutes les deux.
La mère d’Arlette venait d’entrer, avant la fin de ce discours, escortée de Victorin en chasseur, qu’elle avait rencontré dans la rue. Elle s’empressa de dire :
— Nous avons cru bien faire, Monsieur, excusez-nous. Et puis… la petite indemnité…, nous l’accepterons bien volontiers, pourquoi nous ne sommes pas riches.
— On ne le dirait pas, fit le peintre. Vous avez à la ceinture, Mademoiselle, tout un arsenal de breloques. Tenez, regardez ce jeune chasseur qui vient d’entrer. A la bonne heure ! Voilà une tenue qui a du caractère, parce qu’elle est simple et d’accord avec le pays et la saison…