— Où suis-je donc ?

— Hélas ! madame… mais ne tremblez pas, je vous en conjure !… Je mets à votre service mon bras fidèle, et cette épée… qu’on a eu l’imprudence de me laisser.

— De vous laisser ? comment ? que voulez-vous dire ?

— J’en suis désolé pour vous, madame… Ces gens-là m’ont tout à l’heure arrêté, comme ils vous ont arrêtée vous-même, une heure plus tard. Je suis leur prisonnier sur parole, et me suis engagé à leur faire payer une rançon… que mes laquais sont allés chercher… Mais fiez-vous à moi ; il ne vous arrivera aucun mal, tant que je serai là… j’en réponds !

— Mon Dieu ! s’écria-t-elle ; et elle parut se disposer à l’évanouissement le plus naturel du monde, disposition gracieuse que Gaspard jugea utile d’encourager, les émotions de la peur étant, si l’on en croit M. de La Fontaine, fort propres à servir les espérances d’un homme, en forçant une femme sensible de se réfugier en des bras capables de la défendre.

— Serions-nous, murmura celle-ci à demi-pâmée, serions-nous entre les mains… du fameux… Gaspard de Besse ?

— Oui, madame !… du trop fameux Gaspard de Besse ! dit Gaspard d’un air navré.

— Alors, l’homme qui vous parlait… c’était lui ?

— Ce n’était que son lieutenant. Gaspard est mieux fait… Nous traitions à voix basse de votre rançon…

— Je suis perdue ! murmura-t-elle.