Pablo redevient ermite.

Le Parc Enchanté, c’était, pour les Gaspards, le paradis terrestre ; et ce fut Tornade qui, pour quelque temps, les en exila.

Plus de trois mois après la mort du misérable, un braconnier, ayant tué une tardarasse (une buse), avait, en la recherchant, découvert le cadavre du bandit.

On voulut reconnaître, dans ce mort méconnaissable, un riche jardinier d’Ollioules, disparu depuis des semaines.

Pressés d’entrer en possession de sa terre, ses héritiers affirmèrent que c’était bien là leur parent, et firent enterrer, comme tel, Tornade le bandit, avec tous les honneurs dus à un honnête homme. Au bord de la route royale, à l’endroit où s’ouvre la coupée au fond de laquelle roulent, en hiver, les eaux torrentueuses du Destéou, on planta une croix de fer qui, longtemps, devait être saluée, avec un frisson d’inquiétude, par les voyageurs, piétons, cavaliers, conducteurs de diligence. Les gens de justice attribuèrent à Gaspard un assassinat contraire, il est vrai, à ses habitudes, mais qui, disait-on, annonçait de sa part des résolutions nouvelles, une ère de représailles en réplique à son emprisonnement… Il fallait décidément capturer les bandits. Il arriva, en fin de compte, qu’une battue générale fut ordonnée par les magistrats.

De la Sainte-Baume à l’Estérel, d’Aix à Draguignan et à Grasse, archers et dragons devaient fouiller collines et forêts, battre chemins et grandes routes. Gaspard se sentit gravement menacé ; et, malgré les moyens de défense naturelle que lui offraient les ravins et les forêts tout voisins du parc Vaulabelle, il jugea avec raison que la bande serait mieux cachée dans les caveaux de Solliès-le-Vieux. Il n’était pas l’ennemi des dragons ni de la maréchaussée ; et son principe était d’éviter les batailles. « Pas de sang, disait ce lecteur de Volney ; la guerre civile est plus odieuse que toute autre. » Il annonça à ses gens qu’on allait quitter Vaulabelle nuitamment, pour se réfugier à Solliès.

Un soir, en effet, la petite armée se mit en route, Gaspard en tête, à cheval. Il était entouré par ses fidèles, Sanplan, Bernard et Lecor, bien montés eux aussi, que Pablo suivait, juché sur son âne. Derrière cet état-major venait toute la troupe. Les anciens archers, à cheval, formaient l’arrière-garde.

Tandis que la troupe gravissait, entre les collines chargées de pins, au fond d’une gorge, la rampe sinueuse qui mène à la Roque-Brussanne, un clair de lune magnifique emplit tout à coup le vallon de sa clarté blanche, comme débordante.

— Maître, dit alors Pablo, mon âne s’essouffle à suivre vos chevaux et le pas alerte de nos gens. Permettez-moi de rester en arrière ; je vous rejoindrai demain.

— Soit, répliqua Gaspard… Et peut-être pourriez-vous, Pablo, prendre votre repos, cette nuit, à la Roque-Brussanne, chez les paysans qui, naguère, ont gardé votre monture dans leur étable ; puis, demain, voyageant de jour, vous recueilleriez, je pense, en chemin, quelque utile renseignement sur les manœuvres des gens qu’on lance à notre poursuite. Vous ne courez, vous, aucun risque. Le moine que vous paraissez être inspire confiance à tout le monde… Vous nous trouverez, la nuit prochaine, assemblés et vous attendant, sur la terrasse de la Mont-Joye, à Solliès.