— Et cet homme… Quel est-il ? Est-il ici ?

— Il n’est pas ici…, dit Leteur tout bas ; c’est le président du Parlement, monsieur Marin.

— Le président lui-même ! confirma La Trébourine.

Les deux juges parlaient ensemble et ils n’avaient pas achevé, l’un placé à la droite, l’autre à la gauche de Gaspard, que celui-ci, écartant largement tout à coup et rejetant ses bras en arrière, souffleta les deux juges du dos de ses mains ouvertes.

Cela fit un double claquement semblable à un appel.

— Voilà, voilà ! cria Marin qui, ayant vu le geste, accourait gaîment. Que se passe-t-il donc, monsieur ?

— Monsieur, dit Gaspard, votre auberge serait-elle un foyer de sédition, un centre de conjuration ? Voilà deux marchands d’avoine qui se permettent de parler, à moi, Paulac, du président Marin et par conséquent du Parlement même, en termes insupportables ! Les Parlements, messieurs, sont à la fois les soutiens, les avertisseurs et les frondeurs du trône. Le président Marin l’a compris, et vous n’êtes que des lourdauds. S’il arrive que les Parlements se trompent parfois, nous les couvrirons envers et contre tous ; car le principe auquel nous sommes attachés, et que nous défendrons jusqu’à la mort, entendez-vous, c’est le principe d’autorité ; la justice ne vient qu’ensuite… lorsqu’elle vient… Traiter le président, devant moi, de vipère ! cela confine au crime de lèse-majesté !

— Ils ne le feront plus, n’est-ce pas, chers confrères ? dit Marin, qui, décidément, se félicitait du succès de sa soirée.

Et dans tout l’Hôtel des marins ce ne fut qu’un cri : « Quelle énergie, ce Paulac ! Que de décision !… »

— Tout de même, murmuraient les femmes entre elles, il faudra lui faire entendre que notre Gaspard est un bon diable !