— Mille excuses ; je vais surveiller mon champ de bataille.

Alors, sans préambule d’aucune sorte, l’envoyé du lieutenant général de police dit brusquement à Cocarel :

— C’est vous, monsieur, qui, en joyeuse compagnie, par un beau soir d’été, pendîtes un manant aux branches d’un olivier ?

Cocarel se redressa, pour se défendre d’abord par l’attitude, mais ne trouva pas sur-le-champ la réponse habile qu’il cherchait.

— N’oubliez pas, monsieur Cocarel, que je suis dans l’exercice de ma fonction… Votre crime, monsieur, eut des suites fâcheuses. Le Parlement, ayant étouffé cette affaire, — à prix d’or, dit-on, — le peuple s’est ému de tant d’impunité d’un côté ; de tant de prévarication de l’autre ; et des vengeurs se sont dressés contre vous et contre nos magistrats ; car la prétendue bande de Gaspard de Besse n’a été recrutée par lui que pour faire une guerre acharnée au Parlement et obtenir le châtiment des assassins de Teisseire ; votre punition d’abord, celle ensuite des juges prévaricateurs. Or, M. le lieutenant général m’envoie pour faire la lumière sur cette affaire par trop obscure ; et je dois m’occuper de vous avant toute chose. Nous aviserons ensuite, en ce qui concerne ce Gaspard ; oui, nous aviserons seulement quand nous saurons si votre crime, étant avéré, n’est pas pour ce bandit une manière d’excuse, ou tout au moins n’est pas une explication qui lui mérite quelque égard politique.

— Eh ! monsieur ! dit enfin Cocarel, qu’allez-vous chercher là ? Ce Gaspard est un vulgaire voleur, et facile à prendre !

— Pas si facile à prendre que vous croyez ; et la preuve, c’est qu’il court encore ! Soyez assuré, monsieur, qu’on ne le prendra pas sans moi !… Il est d’ailleurs à peu près certain que le Parlement ne veut pas, et que vous ne voulez pas qu’il soit pris.

— Et pourquoi serait-ce ?

— Parce que, lui pris, il faudra bien qu’on revienne sur votre crime, et c’est peut-être ce que souhaite Gaspard lui-même. Cependant, il ne se laissera pas capturer, dit-on, avant d’avoir enlevé comme otages assez de vos amis pour que son procès émeuve la France et l’Europe. Croyez-moi, monsieur, je suis à la source des renseignements.

— Monsieur, protesta Cocarel, soyez convaincu que le Parlement (je le sais par mon père) a tout mis en œuvre pour se saisir de Gaspard.