Deux laquais qui tenaient en main les chevaux, ayant été remerciés et généreusement traités par Gaspard, celui-ci, du haut de son cheval, présenta son reçu à Cocarel, sous la lanterne qui versait une suffisante clarté.
— Reconnaissez-vous votre cachet, monsieur ?
— Je n’y aurais pas regardé sans y être invité, répliqua galamment Cocarel, mais je le reconnais.
Et il empocha le papier. On se salua.
Le galop des trois chevaux retentit et s’éloigna sur le pavé du Roi René.
Quand Cocarel reparut parmi les invités, on gagnait la salle à manger.
Les convives ayant pris place :
— Ce bon M. de Paulac, nous l’avons bien agréablement joué ! dit le président Marin. Je regrette que son brusque départ nous ait retiré le plaisir de nous en égayer plus longtemps. Allons ! à vos fourchettes, messieurs ! Tous égaux par le ventre ! Soupons, sans souci du lendemain, laquais ou grands seigneurs ; et, comme on dit aujourd’hui, — après nous le déluge !… — Que pensez-vous de ce Paulac, Riquetti ?
— Je pense, répondit le marquis de Mirabeau, que sa fonction et son langage ne vont pas d’accord. Nous vivons en un temps bien étrange, si le Roi a de pareils conseillers ! mais j’incline à croire que ce marquis-là n’est point ce qu’il veut paraître ; et il se pourrait que, croyant jouer Paulac, vous ayez été mystifié par lui ou par quelqu’autre intrigant !…
— Et par qui donc, et dans quel intérêt ?