Et deux pour le sergent !

Et pis une gross’ bousaille

Pour tous les assistants !…

Qu’all’ a d’ l’entendement,

Not’ vaque !

Qu’all’ a d’ l’entendement. »

Éclairé par les commentaires du moine, le geôlier, dans une hallucination d’ivrogne, reçut les éclaboussures de la grosse bousaille ; et, sans crier gare, tombant sur Pablo à bras raccourcis, il l’eût assommé, si l’ivresse n’avait fait dévier ses coups. Pablo, prudent et moins titubant, s’était levé, et s’efforçait de lui démontrer à coups de poing la supériorité indiscutable de l’esprit sur la force brutale. Les escabeaux se renversaient, la table chancelait, les verres tintinnabulaient. Les deux hommes se rossaient consciencieusement. Dom Pablo prenait joyeusement conscience de ses forces à mesure que chancelaient davantage celles de Castagne ; et la lutte continuerait encore, si un bruit de verre fracassé n’eût attiré vivement l’attention du plus ivre des deux compagnons. Castagne, en effet, à ce bruit connu, tourna la tête vers la bouteille d’aïguarden qui, inclinée, s’apprêtait à choir ; il s’en saisit, la porta à ses lèvres, but une lampée qui acheva de l’abrutir ; et il s’endormit bientôt, tête sur bras, bras sur table, en grognonnant :

Et pis un’ grosse bousaille

Pour tous les assistants !

La chanson s’arrêta, remplacée par un ronflement significatif. Dom Pablo alors s’esquiva, fier d’avoir si bien rempli sa mission, réjoui à l’idée de conter un jour cette bataille aux bandits rassemblés en cercle autour de lui ; et d’étonner son rival, le poète Jean Lecor.