—«J’y renonce. Ce sont eux, les vilains merles! Je me porterai dans un département du nord.
—Eh bien! monsieur le préfet? disait Cabissol, croyez-vous que c’est un type, notre Maurin! je vous dis qu’il lui faudrait Balzac pour historiographe. Ce qu’il y a en lui de génie de race est inexprimable. Il y a trop de choses à la fois dans un seul de ses regards et de ses gestes!
—C’est vrai, dit le préfet. Cet homme, c’est toute une race, mais malheureusement le meilleur de lui est intraduisible.
—Aucune émotion ne se transmet au moyen des mots. L’art ne peut que donner un ressouvenir des choses, et c’est déjà bien joli. S’il en était autrement, la poésie écrite suffirait aux amoureux.
CHAPITRE XIX
Où apparaît, pour le grand ennui de Maurin et la plus grande satisfaction de la gendarmerie nationale, un nouveau personnage noir comme un diable.
Grondard était charbonnier. Il habitait avec sa famille, à travers les Maures, une sorte de hameau formé de cinq ou six cabanes qu’il allait construisant, démolissant et reconstruisant sur tous les emplacements où on l’appelait, des divers points de la montagne, pour faire du charbon.
Sa famille se composait de quatre filles de douze à dix-neuf ans et d’un fils de vingt ans, Célestin Grondard, qui était, comme son père, un mauvais géant.
Grondard le père était un colosse, à la face et aux mains toujours noires de charbon. Cet horrible athlète avait des mœurs dignes des anciens dieux de Rome et de la Grèce. En disant: «c’est un véritable Œdipe», le percepteur l’avait flatté. Œdipe est une conscience. Les crimes d’Œdipe furent involontaires. Œdipe adore son Antigone.