Un des auditeurs sauva la dignité de tous en disant:
—Ah çà! vaï, tu galèges!
Et de rire. Maurin triomphait, grave. Certain alors de dominer son public, Maurin, s’adressant à celui qui venait de parler, prononça d’un ton goguenard:
—C’est les gendarmes d’Hyères, ça, dis-moi, Louiset?
—Oui, ceux d’Hyères, fit Louiset, un jeune paysan d’allure effrontée, au feutre à bord étroit penché sur l’oreille; ceux d’Hyères. N’as-tu pas vu leurs chevaux attachés à l’anneau? Ceux de Bormes vont à pied.
—Et, poursuivit Maurin, qu’est-ce qui les oblige à sortir de leur commune,—ceuss d’Hyères?
—On leur a commandé de poursuivre trois coquins, qui ont pris la route de Cogolin.
—Et c’est comme ça qu’ils vont à Cogolin? fit Maurin dont la belle humeur augmentait. Ils y vont assis sur des chaises? M’est avis que, de ce train-là, ils n’y seront pas demain, à Cogolin! Et peut-être qu’ils n’ont pas tort, car les gens qu’ils cherchent pourraient bien être restés derrière eux, du côté d’Hyères!
Et Maurin, sur ce mot, se mit encore à rire de bon cœur, si haut que les verres tintaient sur les tables autour de lui. Son rire montrait dans sa face brune des dents blanches, bien rangées, serrées, éclatantes, des dents de loup.
Le beau gendarme louchait et se mordait la moustache.