Misé Secourgeon, là-bas du pas de sa porte, cria aux deux hommes:

—Gueïro! (guette!) qu’elle descend en faisant le rond! Cachez-vous, Maurin! que vous l’aurez!

Les deux hommes disparurent derrière un jujubier au feuillage retombant. L’aigle descendait une spirale qui allait se rétrécissant vers la terre. Déjà on apercevait les mouvements très nets de son col flexible. Sa tête se tournait du côté de la ferme au seuil de laquelle se bousculaient des poulettes épouvantées. On distinguait ses pattes rejetées en arrière... «On lui pourrait compter les plumes!» murmurait Secourgeon. Une nuée de petits oiseaux, accourue des oliviers environnants, se précipita vers l’aigle et se mit à la suivre en criaillant. L’énorme oiseau semblait entouré d’un vol de moucherons.

—Trop loin encore! murmurait Maurin.

—Chut! qu’elle se rapproche!

La fermière sous le hangar s’était cachée derrière des balles de foin.

—Prépare-toi, Maurin! chuchota Secourgeon. Elle arrive, notre aigle!

Le rétrécissement du dernier cercle que décrivait le vol de l’aigle devait l’amener à portée du bon fusil de Maurin... mais ce cercle ne s’acheva pas. La lourde bête de proie tout à coup se laissa tomber verticalement comme une pierre vers le sol.

—Couquin dé pas Dióu! mon chien! hurla Secourgeon. Elle en veut à mon chien! vé! vé! vé!

Il quitta son abri en même temps que Maurin.