—Tonia! dit-il, c’est dommage... si tu avais consenti à suivre avec moi dans la montagne les deux vilains renards qui t’ont fait si peur, je les aurais peut-être laissés pour une autre fois, mais je ne peux m’empêcher de penser que peut-être j’aurais plumé et mangé la poulette!... car tu sais la chanson, n’est-ce pas? Moun bon moussu, quand on la ten, foou pluma la gallina...
Tonia devint rouge comme une crête de coq.
—Vous êtes un homme honnête, Maurin, et je me suis de moi-même confiée à vous. Mon fiancé, vous le connaissez. Vous ne l’aimez pas, c’est vrai, mais vous savez qu’il est, lui aussi, un honnête homme. Ramenez-moi à ma maison... et mon père vous dira un fier gramaci, vous pouvez y compter.
—Ton père peut-être, fit Maurin, quoique ce ne soit pas sûr... mais si ton fiancé se trouvait chez toi, ça n’irait pas bien, tu le sais. J’ai sur moi les gendarmes comme les chevaux ont les tavans (les taons)!
—Sandri n’est pas aujourd’hui chez moi, sûrement pas! dit Antonia.
—Allons-y donc, fit Maurin... quoique je ne me console pas de ne point poursuivre les galériens...
—En entendant ton cri, ils ont eu une peur de lièvres... et ils ont tourné les talons au plus vite, bien qu’ils eussent des armes... Tiens, regarde-les là-haut, tout là-haut, qu’ils filent au diable!
En effet, sur l’arête d’une colline, Maurin aperçut deux petites silhouettes perdues qui se hâtaient entre les rochers.
La belle fille et son compagnon furent vite arrivés près de la maison forestière. Maurin en route n’avait plus rien dit. Tonia non plus. Maurin pensait que c’était bête tout de même d’avoir tenu, là, tout contre lui, dans la grande solitude des bois, une si jolie fille sans même l’avoir embrassée. Mais il avait obéi à l’on ne sait quel instinct chevaleresque qui était inné en lui. D’autre part (de cela il se rendait compte quoique ce fût vaguement,) ces façons-là lui rapportaient souvent de la part des femmes plus de reconnaissance et de bénéfices qu’à d’autres la hardiesse des entreprises brutales.
Il poussa un gros soupir.